La récente nationalisation de la Société des Mines du Liptako (SML) par le gouvernement nigérien marque une étape significative dans la politique de souveraineté économique engagée depuis le coup d’État de juillet 2023. Cette décision, qui fait suite à l’échec de l’actionnaire majoritaire McKinel Resources Limited à honorer ses engagements financiers, illustre la volonté de Niamey de renforcer son contrôle sur ses ressources stratégiques.
Cette opération intervient seulement deux mois après la nationalisation controversée de la Société des Mines de l’Aïr (SOMAIR), auparavant contrôlée par le groupe français Orano. Le contexte politique et sécuritaire instable, ainsi que la rupture des liens militaires avec la France, expliquent en partie ce virage vers une gestion plus souveraine des richesses nationales.
L’échec manifeste de McKinel Resources, incapable d’investir les fonds promis et responsable d’une dégradation sévère de la production, souligne les limites des partenariats public-privé dans un environnement souvent complexe. La situation financière et sociale alarmante de la SML, marquée par des arrêts de production, des retards de paiement et des licenciements massifs, a justifié l’intervention étatique.
Parallèlement, la nationalisation de SOMAIR révèle un contentieux plus large avec Orano, accusé de pratiques déloyales et d’un partage inéquitable des revenus. La perte du contrôle opérationnel de SOMAIR et la saisine du CIRDI traduisent une escalade des tensions entre Niamey et ses partenaires étrangers traditionnels, à un moment où le Niger réaffirme son indépendance stratégique au sein du Sahel.
Ces mesures traduisent une double ambition : sécuriser les revenus tirés des richesses minières indispensables au développement économique du pays, et affirmer une posture politique plus autonome face aux influences étrangères. Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité du gouvernement à gérer efficacement ces entreprises, à attirer de nouveaux investissements et à garantir la stabilité sociale.
En somme, le Niger opère un tournant majeur dans sa gouvernance économique, confronté à des défis internes et externes, qui pourrait redéfinir les rapports entre États africains et acteurs internationaux dans le secteur minier.
LFL









