Ă Yopougon, le choc est encore vif. Tie Bi LiziĂ© François, ancien professeur dâhistoire-gĂ©ographie et diacre respectĂ©, a mis fin Ă ses jours, Ă©tranglĂ© par un « goumin » trop lourd Ă porter. La demande de divorce de son Ă©pouse, survenue peu aprĂšs la construction de leur maison, a Ă©tĂ© la goutte de trop pour cet homme engagĂ©, reconnu pour sa droiture et sa foi.
Dans le secret de sa chambre, il sâest pendu, laissant derriĂšre lui une famille anĂ©antie, des Ă©lĂšves orphelins dâun mentor, et une communautĂ© plongĂ©e dans lâincomprĂ©hension. Ses proches parlent dâun sentiment dâhumiliation profonde, nourri par la douleur dâune trahison conjugale quâil nâa jamais pu surmonter.
Ce drame est celui dâun homme, mais aussi dâun tabou : celui des blessures intĂ©rieures des hommes, trop souvent passĂ©es sous silence. DerriĂšre lâimage de force et de dignitĂ© que Tie Bi offrait au monde, il y avait un cĆur fissurĂ©, prisonnier dâun mal-ĂȘtre que personne nâa su ou pu apaiser.
Yopougon Gesco, son quartier, pleure un pilier. Les voix sâĂ©lĂšvent pour appeler Ă rompre le silence autour de la santĂ© mentale, Ă briser cette injonction culturelle qui interdit aux hommes de dire leur dĂ©tresse. Car au-delĂ du drame, câest un cri dâalerte : sans Ă©coute, sans soutien, dâautres vies peuvent basculer.
Aujourdâhui, entre priĂšres et larmes, une certitude sâimpose : il est urgent de tendre lâoreille, de tendre la main. Avant que le silence ne tue encore.








