Le dimanche 24 août, au petit matin, la gare du Caire bruisse d’un mélange d’excitation et de fatigue. Des familles soudanaises, chargées de valises, de sacs en plastique ficelés et parfois de simples paniers, attendent sur le quai. Le septième train humanitaire affrété par l’Autorité nationale des chemins de fer s’apprête à partir. Direction : le Haut-Barrage, dernière étape avant la frontière et le retour au pays.
Dans la cohue, des agents aident une vieille dame à monter dans le wagon. Plus loin, un père installe ses enfants près de la fenêtre, serrant contre lui leurs papiers de voyage. « C’est un voyage vers l’inconnu, mais nous voulons rentrer », confie-t-il.
Face à la demande croissante, les autorités égyptiennes ont ajouté des wagons de bagages et mobilisé des équipes pour accompagner les personnes vulnérables. Un geste logistique, mais surtout symbolique, destiné à alléger un retour souvent chargé de blessures et d’incertitudes.
Car ce convoi n’est pas un train comme les autres. Depuis le début du conflit au Soudan, le 15 avril 2023, l’Égypte a accueilli près de 673 000 réfugiés soudanais, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Beaucoup ont fui Khartoum dans la panique, abandonnant maisons et souvenirs. Aujourd’hui, à la faveur des victoires de l’armée soudanaise et de la reprise de la capitale, certains font le choix difficile du retour.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 165 000 Soudanais sont déjà rentrés depuis l’Égypte en 2025. Ce septième train porte à plus de 6 600 le nombre de voyageurs transportés dans le cadre de cette « opération humanitaire ». « Ce service est une passerelle de solidarité entre nos deux peuples », a souligné l’Autorité égyptienne des chemins de fer dans son communiqué.
Sur le quai, l’émotion est palpable. « Je veux revoir ma maison, même si elle est détruite », glisse Halima, mère de trois enfants, qui a vécu deux ans dans un quartier populaire du Caire. D’autres hésitent encore, craignant l’instabilité persistante dans certaines régions soudanaises. Le retour n’est pas une fin de parcours, mais un nouveau combat : reconstruire une vie sur une terre abîmée par deux ans de guerre civile.
Lorsque la locomotive s’ébranle, les regards se perdent à travers les vitres. Ce train, chargé de valises et d’espoirs, symbolise plus qu’un retour : il incarne la résilience d’un peuple arraché à sa terre et déterminé à la retrouver. Mais il met aussi en lumière un défi immense : comment transformer ce mouvement humanitaire en un véritable pont de reconstruction et de dignité pour les exilés de la guerre.
LFL








