Bamako, lundi 25 août. Dans la salle d’audience du Tribunal de Grande instance de la Commune 1, les visages se crispent, puis s’illuminent à l’annonce du verdict : le juge ordonne le sursis à exécution de la décision de la junte qui, trois mois plus tôt, avait dissous tous les partis politiques et organisations à caractère politique. « C’est une bouffée d’oxygène, un pas vers la sauvegarde de l’État de droit », souffle un avocat à la sortie, entouré de militants venus en soutien.
Le décret présidentiel du 13 mai 2025 avait été vécu comme un coup de massue. En un trait de plume, les autorités de transition avaient rayé l’ensemble du paysage partisan, interdisant toute réunion ou activité et menaçant de sanctions les récalcitrants. Officiellement, il s’agissait de « rationaliser un champ politique éclaté », selon le Conseil national de transition. En réalité, pour de nombreux acteurs, l’objectif était clair : museler une opposition déjà fragilisée et concentrer davantage le pouvoir entre les mains de la junte.
« Nous étions réduits au silence. Même une simple réunion familiale pouvait être interprétée comme une activité politique », raconte Mariam, militante d’un parti dissous. Dans les quartiers de Bamako, la décision avait suscité colère et résignation. Des manifestations éparses avaient éclaté, dénonçant la « confiscation de la démocratie ».
C’est dans ce climat tendu que les avocats des formations dissoutes ont saisi la justice, arguant de l’inconstitutionnalité de la mesure. Leur argument a porté. Le tribunal a décidé de surseoir à l’exécution du décret, le temps que la Cour suprême — et peut-être la Cour constitutionnelle — se prononcent. Une victoire certes temporaire, mais qui redonne aux partis un cadre légal pour exister à nouveau.
La décision a été accueillie comme un soulagement par une partie de la société civile. « C’est un rappel que même dans une période de transition, la Constitution et les droits fondamentaux doivent primer », estime Abdoulaye, professeur de droit public à l’Université de Bamako. Mais le bras de fer est loin d’être terminé : d’autres procédures restent pendantes devant diverses juridictions de la capitale, et la Cour suprême n’a pas encore livré son verdict.
En attendant, l’arrêt du tribunal vient fissurer la stratégie de la transition. Les autorités, qui justifiaient leur décision par les assises nationales de 2021 et promettaient une nouvelle loi sur les partis, se retrouvent contraintes de composer avec une légalité qu’elles entendaient contourner.
Dans les rues de Bamako, la nouvelle s’est répandue rapidement. « C’est une lueur d’espoir. On ne peut pas construire l’avenir en étouffant toutes les voix », lance Ibrahim, un étudiant croisé à la sortie du campus. La bataille judiciaire ne fait que commencer, mais, pour un temps au moins, l’espace politique malien respire de nouveau.
LFL







