Un marathon diplomatique pour sauver l’essentiel
Cinq jours, quatre pays. Emmanuel Macron n’a plus le luxe d’avancer à petits pas : la France joue gros sur un continent où son influence vacille.
En ouvrant sa tournée à l’île Maurice avant de poursuivre en Afrique du Sud, au Gabon puis en Angola, le président français tente de recoller les morceaux d’une relation profondément fissurée.
Les années de crises au Sahel, les coups d’État à répétition, les discours anti-français et l’éviction des forces françaises de plusieurs pays ont laissé un paysage chaotique. Paris parle d’« une relation renouvelée », mais le mot sonne comme une incantation : c’est une reconquête qui s’engage, pas un simple ajustement diplomatique.
Maurice : renouer avec un partenaire oublié
Trente ans après la visite de François Mitterrand, l’île Maurice accueille un chef d’État français.
Un symbole fort : Paris revient là où il s’est trop longtemps contenté d’une diplomatie à distance.
Maurice avance, se diversifie, attire les investisseurs, alors que la France, occupée ailleurs, a perdu du terrain. Le revers malgache récent, avec la chute d’Andry Rajoelina, a montré les limites d’une stratégie régionale insuffisamment pensée.
Maurice devient l’occasion de corriger le tir et de retrouver un partenaire fiable dans l’océan Indien.
Afrique du Sud : entre mémoire, tensions et nécessité stratégique
À Pretoria et Johannesburg, Emmanuel Macron marche sur un fil.
La visite au mémorial de l’apartheid n’est pas qu’un hommage : c’est un message adressé à un pays qui n’a jamais accepté les postures de donneur de leçons venues de l’étranger.
Puis viendra le G20 africain, où l’Afrique du Sud joue un rôle majeur.
La France sait qu’elle ne peut plus ignorer la montée en puissance d’un acteur influent au sein des BRICS et de l’Union africaine, capable de peser dans les rapports de force mondiaux.
Pour Paris, cette étape est un test : montrer qu’elle n’a pas seulement des discours, mais un véritable respect à offrir.
Gabon : la France revient, mais les règles du jeu ont changé
Au Gabon, la visite prend une dimension politique assumée.
La transition post-Bongo est terminée, Brice Oligui Nguema a été élu, et Paris veut saluer cette normalisation institutionnelle.
Mais il ne s’agit pas seulement d’une visite de courtoisie :
Le Gabon reste stratégique, riche en ressources, ouvert aux partenariats. Les entreprises françaises, en retrait pendant les mois d’incertitude, veulent reprendre leur place.
Reste à savoir si Libreville acceptera le retour d’une France qui ne peut plus imposer quoi que ce soit.
Angola : l’Europe tente de rattraper son retard
La dernière étape mène à Luanda pour un sommet consacré au programme « Global Gateway » — la réponse européenne à la vague d’investissements chinois et américains en Afrique.
150 milliards d’euros annoncés, des infrastructures à construire, des projets à relancer.
L’Angola, redevenu un acteur régional incontournable, devient un terrain de compétition.
La France veut y défendre l’idée d’une Europe encore capable d’agir, alors que Pékin, Washington, Moscou et Ankara gagnent du terrain dans presque toutes les capitales africaines.
Une tournée cruciale pour la France, un test pour Macron
Cette tournée africaine n’est pas un voyage protocolaire : c’est une bataille diplomatique.
La France arrive affaiblie, contestée, parfois rejetée. Elle doit prouver qu’elle a changé, qu’elle entend enfin traiter l’Afrique comme un partenaire, pas comme un terrain d’influence.
En se rendant à Maurice, Pretoria, Libreville et Luanda, Emmanuel Macron tente d’incarner une France qui écoute, qui respecte et qui se réinvente.
Mais une question demeure :
le continent acceptera-t-il de redonner une chance à une puissance qui a si souvent déçu ?
Roland Yoboué







