L’ouverture du sommet du G20 à Johannesburg a pris une tournure résolument géopolitique, dominée par les discussions autour du nouveau plan américain pour l’Ukraine. Alors que les dirigeants des grandes économies sont réunis en Afrique du Sud, ce texte, présenté comme une initiative pour mettre fin à plus de quatre ans d’invasion russe, s’impose désormais comme le sujet clé des consultations diplomatiques.
Malgré son absence remarquée, Donald Trump ayant décidé de boycotter le sommet, Washington influence fortement les débats. Les dirigeants européens, rejoints par leurs partenaires canadien, japonais et australien, ont multiplié samedi les réunions discrètes pour élaborer une position commune face à la proposition américaine. Objectif : peser sur l’orientation du plan, éviter une fracture occidentale et maintenir un front diplomatique cohérent sur le dossier ukrainien.
« Nous travaillons à rendre ce plan compatible avec les engagements pris jusqu’ici », confie une source européenne, soulignant l’intensité des discussions menées en marge des travaux officiels. Le chancelier allemand Friedrich Merz, lui, a affirmé avoir déjà arrêté « les prochaines étapes » avec le président américain lors d’un échange téléphonique la veille, preuve de la place centrale du sujet dans les relations transatlantiques.
Un G20 sous haute tension géopolitique
Ce sommet, qui rassemble 19 États ainsi que l’Union européenne et l’Union africaine, soit 85 % du PIB mondial, s’ouvre dans un contexte où le multilatéralisme est soumis à une pression croissante. Dans son discours d’ouverture, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a insisté sur « la valeur du dialogue et du partenariat » dans la gestion des crises mondiales, rappelant la vocation du G20 à transcender les rivalités géopolitiques.
Johannesburg peut déjà revendiquer un premier succès : l’adoption par consensus d’une déclaration commune, annoncée par un haut responsable sud-africain. Ce geste rare, alors que les dissensions internationales s’intensifient, est présenté comme une démonstration que « le multilatéralisme reste capable de résultats tangibles », selon Cyril Ramaphosa. Le texte reste pour l’heure confidentiel.
L’Afrique du Sud place les inégalités et la gouvernance globale au cœur du débat
Pour sa présidence, Pretoria a mis en avant des priorités ambitieuses : création d’un panel international sur les inégalités économiques, renégociation des dettes souveraines, gestion stratégique des minerais de la transition énergétique, et gouvernance de l’intelligence artificielle. Autant de thèmes où les voix africaines cherchent à influencer l’agenda mondial.
Mais ces orientations ne font pas consensus. Washington, en désaccord avec plusieurs priorités fixées par Pretoria, avait refusé la publication d’un communiqué final avant même le sommet. L’administration Trump, très critique envers le gouvernement sud-africain, poursuit par ailleurs son retrait progressif de plusieurs forums internationaux, dont l’accord de Paris sur le climat, auprès duquel les États-Unis viennent de prononcer un second retrait, et la COP30, à laquelle aucune délégation américaine n’a été envoyée.
Un basculement diplomatique à surveiller de près
Les discussions sur l’Ukraine, les tensions autour de la politique climatique mondiale ou encore les préoccupations africaines liées à la transition énergétique s’imbriquent ainsi dans un sommet où se joue une partie essentielle de l’équilibre international. À la veille du passage de relais de la présidence du G20 aux États-Unis, diplomates et observateurs s’interrogent : la prochaine présidence imprimera-t-elle un virage plus strictement économique, au risque de réduire l’espace du dialogue politique sur les grandes crises internationales ?
La réponse dépendra en grande partie de Washington, présent seulement à travers ses diplomates à Johannesburg — mais aussi de la capacité des autres grandes puissances à maintenir le cadre multilatéral à flot, dans un monde où les rivalités stratégiques prennent désormais le pas sur les réflexes de coopération
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