Cameroun, Nigeria, Gambie : le parcours d’Issa Tchiroma Bakary ressemble désormais à une traversée forcée, celle d’un opposant décidé à survivre politiquement face à un pouvoir qui cherche à l’étouffer. Arrivé deuxième selon les résultats officiels de la présidentielle du 12 octobre 2025, l’ancien ministre devenu adversaire farouche de Paul Biya est aujourd’hui un homme en mouvement perpétuel, traqué, mais déterminé.
Depuis son départ précipité de Garoua, tout s’est enchaîné : cachettes, exfiltrations, menaces d’arrestation, négociations avortées. Dès ses premiers pas à Yola, au Nigeria, Issa Tchiroma a refusé le silence. Appels à la mobilisation, déclarations enflammées, contestation ouverte des résultats : il a revendiqué sa victoire, tandis que les autorités camerounaises tentaient d’anéantir son influence en ciblant son entourage et ses soutiens financiers présumés.
À Yola, malgré une surveillance étroite et les hésitations du gouverneur de l’Adamawa, Tchiroma a bénéficié de puissants relais : émirats influents, réseaux transfrontaliers peuls, anciens militaires acquis à sa cause. De quoi inquiéter Yaoundé, déjà fragilisé par la crise post-électorale. À mesure que les tensions montaient, les arrestations se sont multipliées au Cameroun : proches, collaborateurs, membres de sa famille. La pression est devenue insoutenable.
Poussé à quitter Yola, l’opposant a trouvé en Gambie une terre d’accueil – mais un accueil sous conditions. Banjul a immédiatement précisé la nature « humanitaire et temporaire » de cette hospitalité, signe clair que la crise déborde les frontières et embarrasse les capitales régionales. Les discussions annoncées entre Cameroun, Nigeria et Gambie restent floues, preuve que personne ne sait réellement comment sortir de l’impasse.
Aujourd’hui, l’avenir d’Issa Tchiroma reste suspendu. Son exil forcé, loin d’être un repli, expose au grand jour un Cameroun en perte de repères politiques, incapable de maîtriser ses tensions internes. Chaque étape de sa fuite raconte l’affaiblissement d’un système, les fissures d’un pouvoir contesté, et l’angoisse d’un pays qui redoute l’embrasement.
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