Une simple publication Facebook de Coris Bank International Côte d’Ivoire a suffi pour rouvrir un dossier explosif. En annonçant l’achat de crédit téléphonique « sur tous les réseaux, à 0 franc de frais », la banque a déclenché une tempête dans l’écosystème numérique ivoirien.
Très vite, les réactions s’enchaînent :
« Comment Coris a obtenu les API alors que Wave se bat depuis 2021 ? », s’emporte un internaute.
Le débat tourne à l’indignation collective. Face à la polémique, la banque explique que son service repose sur un partenariat technique « conforme aux normes ».
Mais pour beaucoup, ce détail est révélateur d’un malaise plus profond.
Un vieux conflit remis sur la table
Depuis 2021, Wave Mobile Money réclame l’accès aux API d’Orange, MTN et Moov Africa pour vendre du crédit téléphonique dans son application.
Ces demandes ont toujours essuyé un refus.
En mars 2024, la fintech porte plainte devant l’ARTCI pour pratiques anticoncurrentielles.
Un an plus tard, lors de l’audience publique, les opérateurs affirment que la vente de crédit est « un service financier », donc hors du champ d’action du régulateur des télécoms. Wave rejette cette défense, rappelant que leurs services « Money » vendent déjà des unités.
Depuis, les rencontres s’enchaînent… et les décisions sont reportées.
Un marché trop stratégique pour être ouvert facilement
La vente de crédit téléphonique n’est pas un simple produit.
C’est un pilier majeur des revenus du secteur mobile :
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60,5 millions d’abonnés (mars 2025)
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27,7 millions de comptes mobile money
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plus de 100 milliards de FCFA de chiffre d’affaires trimestriel
Dans ce paysage, laisser Wave — champion des tarifs bas — accéder aux API pourrait bouleverser tout l’équilibre économique.
Et certains n’ont pas oublié la « guerre du 1 % ».
En 2021, Wave avait forcé tous les opérateurs à revoir leurs tarifs, provoquant une chute brutale de leurs marges.
Infrastructures et accusations croisées
Les opérateurs reprochent à Wave de vouloir accéder à leurs plateformes sans en avoir payé les investissements.
« Une API, c’est des années de développement, pas un simple bouton », explique un ingénieur.
Wave, elle, rétorque qu’il s’agit d’un service d’accès, et qu’aucun opérateur ne peut décider arbitrairement de le verrouiller.
Un régulateur de plus en plus contesté
Entre la pression populaire, les intérêts des opérateurs et les exigences de la concurrence, l’ARTCI peine à trancher.
Chaque nouveau report ravive les critiques.
Pour certains, le régulateur « protège les opérateurs ».
Pour d’autres, c’est l’administration qui s’enlise.
Pendant ce temps, la tension monte.
Et la polémique continue de gronder, sans aucun signe d’apaisement.
Lfl









