Le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (Synapci) a tiré, ce mercredi 3 décembre 2025, une nouvelle sonnette d’alarme face à la paralysie persistante de la commercialisation du cacao. Depuis son siège au Plateau, son président, Koné Moussa, a dénoncé devant la presse une situation « critique » qui asphyxie les producteurs et menace l’équilibre de toute la filière.
Dès l’ouverture de son propos, le président du Synapci est revenu sur l’annonce du prix bord champ à 2 800 F CFA le kilogramme fixée le 1er octobre 2025 — une hausse saluée sur le moment, mais qui cachait selon lui une faille majeure : le coût du ramassage fixé à 100 F CFA. « En tant qu’homme de terrain, j’ai tout de suite vu que ce tarif ne permettrait pas d’acheminer convenablement le cacao de la brousse jusqu’à Abidjan », a-t-il insisté. Trois mois plus tard, les faits lui donnent raison.
Un cacao vendu mais jamais payé : la colère des producteurs
Depuis le 15 novembre, un ralentissement sévère frappe la commercialisation intérieure du café et du cacao. « Des producteurs ont vendu depuis le 1er octobre, mais jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas reçu un seul franc. Le cacao est bloqué », a martelé Koné Moussa. Selon ses constats, de nombreuses remorques stationnent depuis des semaines aux ports d’Abidjan et de San Pedro, incapables d’être déchargées.
Face à cette situation, le Synapci a interrogé les exportateurs et sollicité le Conseil Café-Cacao (CCC) pour des explications.
Un financement fantôme de 300 milliards ? Le Synapci dénonce des contradictions
Le CCC avait assuré au syndicat qu’une enveloppe de 300 milliards de F CFA avait été attribuée à l’entreprise Transcao pour désengorger les ports et payer les producteurs. Mais cette version s’est effondrée lors d’un entretien entre Koné Moussa et le directeur général de Transcao. « Ce jeune responsable, très engagé, nous a affirmé n’avoir reçu aucun centime des 300 milliards annoncés », a révélé le président du Synapci.
Un exportateur rencontré ensuite par le syndicat a confirmé les inquiétudes, rappelant que la flambée exceptionnelle du marché international survenue l’an passé aurait permis, selon lui, de payer les producteurs ivoiriens « à 3 000 F le kilo sans difficulté ».
900 000 tonnes vendues trop tôt : une stratégie qui se retourne contre la filière
Koné Moussa a ensuite exposé ce qu’il considère comme la racine du blocage. Selon lui, le CCC a vendu 900 000 tonnes de cacao à un prix très élevé en pleine montée des cours mondiaux. « Les négociants en voulaient davantage, mais le CCC a refusé, anticipant une hausse continue. C’est sur cette base que le prix bord champ de 2 800 F a été fixé. »
Mais la chute rapide des prix internationaux a bouleversé ce calcul. Les exportateurs ont écoulé ces 900 000 tonnes déjà négociées à bon prix. Pour les nouveaux contrats, le CCC propose désormais des tarifs beaucoup plus bas. Résultat : les exportateurs ralentissent volontairement leurs achats.
« Le CCC demande de laisser traîner jusqu’en mars, le temps d’annoncer un nouveau prix. Voilà pourquoi tout est bloqué », a affirmé Koné Moussa, redoutant que les producteurs soient contraints de vendre leur cacao de la grande campagne « au prix de l’intermédiaire », nettement inférieur.
Le Synapci prépare des actions fortes dès le 8 décembre
Face à l’urgence, le syndicat appelle les autorités à intervenir rapidement. « Nous alertons le Président de la République : une décision urgente doit être prise. Nous n’accepterons pas de revivre la crise de 2016-2017 », a averti Koné Moussa.
Le Synapci annonce plusieurs mesures :
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dépêcher des huissiers dès le 8 décembre pour constater les stocks de cacao dans les coopératives ;
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inviter les producteurs à regrouper leurs sacs pour faciliter ces constats ;
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exposer publiquement la réalité du blocage en présentant les sacs de cacao dans toutes les préfectures et sous-préfectures.
« Si les médias voient les devantures remplies de sacs, ils comprendront que le blocage est réel », a prévenu le président du syndicat.
Un manque de dialogue avec le CCC
Koné Moussa a également déploré l’absence de réponse du directeur général du Conseil Café-Cacao, qu’il tentait de rencontrer depuis le 2 décembre. « Il m’a promis un rappel après une réunion. Jusqu’à présent, silence total », a-t-il regretté.
Alors que la Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao, cette crise pourrait fragiliser des millions de planteurs et ébranler un secteur vital pour l’économie nationale. Les prochains jours, marqués par les actions annoncées du Synapci, seront décisifs pour éviter un scénario que la filière a déjà douloureusement connu.
Lfl








