À l’aube, les pirogues militaires glissent sur les eaux sombres du fleuve Sénégal. De part et d’autre de la rive, des soldats sénégalais et mauritaniens scrutent les berges, fusils en bandoulière, radios crépitantes. « Ici, chaque silence peut cacher un danger », confie un officier sénégalais, les yeux fixés sur la frontière invisible qui sépare Bakel-Aroundou de Diougountourou.
Cette patrouille fluviale n’a rien de symbolique : elle illustre la coopération sécuritaire croissante entre Dakar et Nouakchott face à la montée des violences terroristes dans la région. Depuis des mois, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) multiplie les attaques dans l’ouest malien, perturbant le corridor stratégique Kidira-Bamako et menaçant les villes de Kayes et Nioro. Début septembre, des chauffeurs sénégalais avaient même été enlevés, rappel brutal de la vulnérabilité des routes transfrontalières.
L’opération menée ce mercredi 11 septembre 2025, s’inscrit dans le cadre de Karangué, « sécurité » en wolof —, un vaste dispositif destiné à renforcer la présence militaire dans les zones frontalières de Tambacounda et Kédougou. « Nous ne défendons pas seulement une frontière, mais la vie quotidienne de milliers de familles », insiste un commandant mauritanien, évoquant les marchés, les écoles et les camions-citernes qui empruntent chaque jour ces routes.
Car au-delà de la lutte armée, c’est l’économie qui est en jeu. Le Mali reste le premier partenaire africain du Sénégal, avec plus de 802 milliards de francs CFA d’exportations en 2024. Chaque interruption des échanges frappe directement les populations : flambée des prix, rareté des produits, insécurité alimentaire.
Déjà, en mai dernier, les armées des deux pays avaient mené des patrouilles mixtes pour tester la coordination. Cette fois, le message est clair : aucune portion du fleuve, aucune piste ne sera laissée sans surveillance.
Dans le calme apparent du fleuve, les moteurs ronflent, les regards se croisent, vigilants. « Le terrorisme n’a pas de frontières », souffle un soldat sénégalais. « C’est ensemble que nous devons le repousser. »
LFL







