Le 24 septembre 2025 marque un tournant majeur dans l’histoire judiciaire et politique de la France. Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, a été condamné à cinq ans de prison, dont une partie ferme, pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007. Cette décision, inédite, pourrait faire de lui le premier ancien chef d’État français à purger une peine ferme pour corruption liée à un financement étranger.
À 70 ans, Sarkozy se voit désormais confronté à la justice dans sa chair, malgré l’appel immédiat qu’il a interjeté. La condamnation n’étant pas suspensive, il pourrait entrer en prison dans les semaines à venir, illustrant la volonté du système judiciaire de montrer que la haute fonction ne protège pas de la sanction. Le tribunal correctionnel de Paris a retenu contre lui le fait d’avoir laissé ses proches collaborateurs solliciter des fonds libyens, en vue de financer illégalement sa campagne. Toutefois, il a été relaxé des accusations de recel de détournement de fonds publics, de corruption passive et de financement illégal, nuances qui n’enlèvent rien à la portée symbolique de la condamnation.
Deux de ses fidèles ont également été sanctionnés : Claude Guéant, pour corruption passive et faux, et Brice Hortefeux, reconnu coupable d’association de malfaiteurs. À l’inverse, Éric Woerth, trésorier de la campagne, a été acquitté. La mort de Ziad Takieddine, intermédiaire clé, a entraîné l’extinction des poursuites à son encontre, un rebondissement qui souligne la fragilité et la complexité de cette affaire.
Le Parquet national financier (PNF) avait requis sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, accusant Sarkozy d’avoir passé un véritable « pacte faustien » avec Kadhafi. Selon l’accusation, l’ex-président aurait cherché à réhabiliter la Libye sur la scène internationale, en échange de garanties pour le clan libyen, mêlant financement occulte et enjeux diplomatiques.
Depuis 2011, Sarkozy nie farouchement ces accusations, dénonçant un « complot du clan Kadhafi » visant à se venger de son rôle dans la chute du dictateur. « Il n’y a aucune preuve, pas un centime libyen », répète-t-il inlassablement. Mais pour la société civile et les observateurs, cette condamnation est un signal fort : la haute fonction ne confère pas l’impunité, et les pratiques de corruption doivent être sanctionnées, même au sommet de l’État.
Cette décision s’inscrit dans une série d’affaires judiciaires touchant l’ancien président : l’affaire des écoutes (« Bismuth ») lui avait déjà valu un an de prison ferme avec bracelet électronique, et le procès Bygmalion sur sa campagne de 2012 reste en attente de décision finale.
La portée politique est immense. Elle envoie un avertissement sans précédent à la classe politique française : la transparence, l’éthique et la responsabilité ne sont pas des options. La condamnation de Sarkozy pourrait également réveiller le débat sur les financements étrangers et la moralisation de la vie publique, rappelant que le pouvoir doit être exercé dans le respect des lois et de l’intérêt général.
Pour beaucoup, ce verdict historique est bien plus qu’un jugement individuel : il symbolise la lutte contre les abus, la corruption et les compromissions qui menacent la démocratie. Dans une période où la confiance des citoyens dans leurs institutions vacille, la justice envoie un message clair : nul n’est au-dessus des lois, et les dérives politiques, même à l’échelle la plus haute, doivent être sanctionnées.
LJP








