Sous un ciel d’Abidjan encore chargé des tensions politiques, quinze experts électoraux de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont posé leurs valises ce jeudi. Leur mission : observer, comprendre et témoigner du déroulement de la présidentielle ivoirienne du 25 octobre, un scrutin qui s’annonce aussi déterminant que délicat.
Ces observateurs à long terme, venus du Nigeria, du Ghana, du Sénégal, du Bénin ou encore du Cap-Vert, ne se contenteront pas d’assister au vote. Leur mandat s’étend sur l’ensemble du processus : la campagne, les opérations de terrain, la gestion logistique, le dépouillement et la publication des résultats. Une présence continue, voulue par la Cédéao pour garantir la transparence dans un contexte marqué par la méfiance et la polarisation politique.
« Notre mission n’est pas de juger, mais d’accompagner et de prévenir les dérives », confie un membre de la délégation, déterminé à jouer un rôle de témoin impartial. Le déploiement a été autorisé par le président de la Commission, Dr Omar Alieu Touray, conformément aux cadres juridiques qui fondent l’action de l’organisation régionale : le Traité révisé de 1993, le Protocole sur la paix et la sécurité de 1999 et celui sur la démocratie et la bonne gouvernance de 2001.
Cette démarche trouve tout son sens dans un climat politique tendu. Le Conseil constitutionnel a, le 8 septembre, validé la candidature du président sortant Alassane Ouattara, ouvrant la voie à une quatrième tentative à la magistrature suprême — une décision vivement contestée par l’opposition, qui la qualifie d’« anticonstitutionnelle ». Face à lui, quatre autres candidats : Jean-Louis Billon, Simone Ehivet Gbagbo, Henriette Lagou et Ahoua Don-Mello.
Dans les rues d’Abobo ou de Bouaké, l’annonce du déploiement des observateurs a été diversement perçue. « On veut croire à une élection propre cette fois », souffle un jeune étudiant, méfiant mais plein d’espoir. D’autres restent sceptiques : « Les missions viennent, observent, et après ? », interroge un commerçant, fataliste.
Pour la Cédéao, l’enjeu dépasse la Côte d’Ivoire. Il s’agit de préserver la crédibilité d’une organisation souvent critiquée pour son manque de fermeté face aux dérives démocratiques dans la sous-région. À travers cette mission, elle entend rappeler que la stabilité politique de l’Afrique de l’Ouest passe par des élections libres et acceptées par tous.
Au-delà des bulletins et des urnes, c’est donc la confiance qui se joue : celle d’un peuple envers ses institutions, celle d’une région envers ses mécanismes de régulation. Et dans cette bataille silencieuse pour la transparence, chaque regard compte — surtout celui des observateurs.
LFL







