A Douala, ce dimanche 12 octobre dès l’aube, des files se forment devant les bureaux de vote. Des femmes patientent sous le soleil, des jeunes brandissent leurs cartes d’électeur comme un acte de résistance. À travers le pays, huit millions de voix s’apprêtent à se faire entendre, malgré la peur, malgré les menaces.
Dans les esprits, une même question : voter, oui, mais pour quoi ? Le scrutin présidentiel de 2025 se déroule sous le regard d’un pouvoir qui, selon de nombreux observateurs, redoute plus la parole du peuple que l’instabilité politique.
Le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, fait face à onze adversaires. Parmi eux Cabral Libii, Joshua Osih, Serge Espoir Matomba ou encore Akere Muna. Mais l’absence de Maurice Kamto, exclu par une décision jugée arbitraire du Conseil constitutionnel, a profondément marqué la campagne. Pour beaucoup, c’est déjà un scrutin amputé.
La veille du vote, le ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji Paul, a pris la parole pour avertir : toute publication parallèle des résultats sera considérée comme un « acte criminel » et un « complot contre la République ».
Dans un pays où les mots du pouvoir ont souvent valeur de menace, cette déclaration a résonné comme une mise au pas.
Depuis Garoua, le candidat Issa Tchiroma Bakary a osé la réplique :
« Menacer un candidat, c’est menacer le peuple lui-même. Nous ne céderons ni à la peur, ni à la provocation. »
Dans les rues, le scepticisme se mêle à la fierté. « Même si tout est déjà joué, je vote », confie un jeune de Yaoundé, son bulletin à la main.
Ce geste, pour lui, vaut défi.
Entre urnes surveillées et promesses d’ordre, ce 12 octobre n’est pas qu’un jour d’élection : c’est un test de courage collectif, un rappel que la démocratie, parfois, ne tient qu’à la ténacité de ceux qui refusent de se taire.
LJP







