Alors que le pays retient son souffle après la présidentielle du 12 octobre, le Conseil électoral a installé la Commission nationale de recensement des votes. Officiellement, elle incarne la transparence. Officieusement, elle devra d’abord convaincre un peuple éreinté par des décennies de doute électoral.
À Yaoundé, les mots sonnent bien : « pluralisme », « transparence », « indépendance ». Jeudi, le Conseil électoral a officialisé la création de la Commission nationale de recensement général des votes, censée garantir l’équité du dépouillement. Trente-trois membres ont été désignés, présidés par Essombe Emile, du Conseil constitutionnel. Sur le papier, l’équilibre semble respecté : magistrats, représentants de l’administration, membres d’ELECAM et délégués des partis politiques.
Mais sur le terrain, la confiance est érodée. Dans plusieurs quartiers de Yaoundé et Douala, la population reste sceptique. « On nous parle de transparence à chaque élection, mais à la fin, les résultats tombent d’en haut », lâche un commerçant du marché Mokolo.
Le climat post-électoral est électrique. Le candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), Issa Tchiroma Bakary, affirme avoir remporté le scrutin avec « plus de 80 % des voix ». Il dénonce des « pressions inacceptables » sur ses délégués. En face, le ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji Paul, réplique sèchement : « imposture » et « comportement anti-républicain ».
Cette guerre de mots traduit une réalité : le fossé entre institutions et citoyens. Si ELECAM assure que la Commission renforcera la crédibilité du processus, la société civile, elle, réclame des preuves concrètes. Des organisations locales appellent à la publication bureau par bureau des résultats, seule manière, selon elles, de restaurer la confiance.
D’ici au 26 octobre, date butoir pour la proclamation officielle, le Cameroun vit suspendu à un verdict électoral dont dépend une part de sa stabilité politique. Entre promesses d’indépendance et soupçons de manipulation, la Commission nouvellement installée devra faire plus que dépouiller : elle devra réconcilier un pays avec l’idée même de vote libre.
LFL







