L’arrestation d’au moins seize officiers supérieurs au Nigeria, soupçonnés de complot contre le président Bola Ahmed Tinubu, ravive le spectre des coups d’État. Chez la première puissance économique d’Afrique, l’affaire, révélée par SaharaReporters est confirmée par plusieurs sources sécuritaires. Elle souligne les fractures persistantes au sein d’une armée éprouvée par des années de guerre contre-insurrectionnelle et de frustrations internes.
Les officiers du capitaine au général de brigade, auraient planifié de renverser le pouvoir civil le 1ᵉʳ octobre, jour du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du pays. Selon des sources proches du renseignement militaire, des réunions clandestines avaient été tenues pour établir les bases d’un gouvernement de transition. Des communications interceptées et des plans logistiques détaillés auraient conduit à leur arrestation, lors d’une opération discrète de la Direction du renseignement de la défense.
Officiellement, le communiqué du général Tukur Gusau, directeur de l’information de la Défense, évoque des « procédures disciplinaires » pour « manquements au devoir ». Une version jugée prudente, visant à éviter la panique dans l’opinion. Mais plusieurs observateurs y voient la manifestation d’un malaise plus profond au sein de l’armée, minée par les lenteurs administratives, la corruption et le sentiment d’abandon parmi les troupes mobilisées au nord et au centre du pays.
Depuis 1960, le Nigeria a connu cinq coups d’État réussis et plusieurs tentatives avortées. Si la transition démocratique semble consolidée depuis 1999, les tensions actuelles rappellent la fragilité d’un équilibre souvent menacé par la frustration militaire. La présidence Tinubu, déjà confrontée à une crise économique aiguë et à une insécurité endémique, doit désormais gérer une crise de confiance au sein de l’appareil sécuritaire.
À Abuja, le silence de la présidence contraste avec l’inquiétude des chancelleries étrangères. Derrière cette affaire se joue plus qu’un simple dossier disciplinaire: la stabilité d’une armée-pilier, indispensable à la survie du géant nigérian, qui est en jeu.
LFL








