À quatre jours de la présidentielle, le climat politique en Côte d’Ivoire s’alourdit encore. Trente-deux manifestants opposés au quatrième mandat du président Alassane Ouattara ont été condamnés, mardi 21 octobre, à trois ans de prison ferme par le tribunal de première instance d’Abidjan. Le verdict, prononcé dans une salle d’audience sous haute tension, a immédiatement suscité l’indignation dans les rangs de l’opposition et des défenseurs des droits humains.
Les condamnés, membres du Front commun de l’opposition, étaient poursuivis pour troubles à l’ordre public, attroupement non autorisé et participation à une manifestation interdite. Ils avaient été arrêtés le 11 octobre à Cocody, lors d’une marche pacifique dénonçant l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition – Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan – de la course présidentielle.
Malgré les plaidoiries de la défense soulignant le caractère non violent du rassemblement, le tribunal a estimé que les prévenus avaient “pris part à un attroupement interdit”. Huit d’entre eux ont bénéficié de la clémence du juge, tandis que les 32 autres ont écopé de 36 mois de prison ferme, assortis de cinq ans de privation de droits civiques et de trois ans d’interdiction de paraître dans le district d’Abidjan. Ils disposent de vingt jours pour interjeter appel.
Les arrestations s’étaient déroulées dans plusieurs points stratégiques de Cocody — notamment le Blockhaus, Saint-Jean et le carrefour La Vie — où les manifestants tentaient de rallier d’autres groupes. Selon les témoins présents à l’audience, les accusés ont dénoncé “une répression brutale” et “l’impossibilité de s’exprimer librement dans leur propre pays”.
Cette décision s’ajoute à une première vague de condamnations similaires prononcées le 16 octobre, illustrant la fermeté du pouvoir face aux mobilisations. Pendant ce temps, la contestation s’étend : Agboville, Daloa, Yamoussoukro, Oumé, Gagnoa et d’autres villes ont connu ces derniers jours des heurts entre forces de l’ordre et manifestants. Deux morts ont été signalés lundi : un gendarme à Agboville et un civil à Daloa, selon des sources locales.
Les autorités défendent la nécessité de maintenir l’ordre public à l’approche du scrutin du 25 octobre, tandis que plusieurs ONG dénoncent “une répression disproportionnée et politiquement orientée”.
Sur le terrain, les cinq candidats en lice — Alassane Ouattara, Jean-Louis Billon, Simone Gbagbo, Henriette Lagou et Ahoua Don Mello — poursuivent leurs campagnes sous haute surveillance.
Mais derrière les discours et les promesses, la tension est palpable : la peur, la colère et le sentiment d’injustice gagnent du terrain, tandis que le pays s’avance, à pas incertains, vers un scrutin sous haute tension.
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