À trois jours d’un scrutin présidentiel déjà entaché de suspicion, la voix de Laurent Gbagbo résonne comme un cri d’alerte. L’ancien président ivoirien, écarté de la course, dénonce sans détour ce qu’il appelle un « coup d’État civil », un « braquage électoral » orchestré sous couvert de démocratie.
Invité de l’émission Moment de vérités d’Alain Foka, le fondateur du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le scrutin du 25 octobre n’a rien de libre, ni d’équitable. « Tous ceux qui pouvaient gagner l’élection ont été écartés », a-t-il martelé, évoquant l’exclusion de figures majeures de l’opposition : Tidjane Thiam, Pascal Affi N’Guessan, et lui-même.
Écarté pour une condamnation jugée politique — vingt ans de prison dans l’affaire du braquage de la BCEAO —, Gbagbo voit dans cette décision une stratégie calculée. « C’est pour des raisons électoralistes que je suis le seul à ne pas avoir été amnistié », affirme-t-il. Derrière ses mots, c’est tout un système qu’il accuse : celui d’une justice instrumentalisée et d’un pouvoir verrouillé.
Pendant que les discours officiels appellent au calme, les rues grondent. Daloa, Agboville, Yamoussoukro… les villes s’enflamment. Les manifestants réclament leur droit à choisir, leur droit à exister politiquement. Mais la réponse, elle, vient des gaz lacrymogènes et des interpellations massives : plus de 700 arrestations, selon le procureur Oumar Braman Koné.
Face à cela, le gouvernement brandit le spectre de la « sécurité nationale ». Le ministre de la Justice, Sansan Kambilé, assume : la liberté de manifester peut être restreinte « dans l’intérêt de la sûreté publique ». Mais de quelle sûreté parle-t-on quand la peur s’installe dans les quartiers, quand des jeunes tombent pour avoir réclamé une élection juste ?
Laurent Gbagbo, lui, refuse de cautionner ce qu’il perçoit comme une mascarade. Pas de mot d’ordre de vote, pas d’alignement, juste un constat amer : la démocratie ivoirienne vacille.
Le 25 octobre, les urnes parleront. Mais pour beaucoup, le résultat semble déjà écrit. Et c’est bien là le drame d’une nation qui rêvait de tourner la page des crises, mais se retrouve encore piégée dans les cercles de la défiance et du contrôle.
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