Le gouvernement malien a franchi une nouvelle étape dans la reprise en main du secteur stratégique des hydrocarbures en signant, le 21 novembre 2025, un protocole d’accord avec les principaux importateurs de produits pétroliers. Objectif affiché : accélérer les procédures douanières, éviter les pénuries observées ces dernières semaines et affirmer l’autorité de l’État sur une chaîne d’approvisionnement entièrement dépendante de l’extérieur.
En imposant la réduction à 24 heures du délai de déclaration des camions-citernes au Bureau des produits pétroliers, l’exécutif cherche à montrer sa capacité à agir rapidement face aux perturbations qui ont touché plusieurs stations-service du pays. Dans une conjoncture marquée par une forte attente citoyenne en matière de régulation des prix et de disponibilité du carburant, le pouvoir entend réaffirmer sa présence et sa volonté de maîtriser les flux essentiels à l’économie nationale.
La signature du protocole par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, aux côtés des organisations professionnelles du secteur, illustre une stratégie d’alignement des acteurs privés autour des priorités gouvernementales. Le Mali, qui ne dispose pas d’infrastructures de raffinage, dépend entièrement des importations, un levier économique lourdement exposé aux tensions régionales et aux aléas des marchés internationaux. Les importations de produits raffinés ont ainsi atteint 1,92 milliard de dollars en 2023, rappelant l’ampleur des enjeux pour les finances publiques comme pour la stabilité sociale.
Le protocole introduit un dispositif inédit : en cas de dépassement des délais de déclaration, ce sont désormais la Direction générale des douanes et la Direction générale du commerce qui prendront directement en charge la distribution et la vente des produits pétroliers. Une mesure qui renforce l’emprise de l’État sur la chaîne d’approvisionnement et qui envoie un signal clair aux opérateurs : les intérêts collectifs primeront sur les inerties logistiques ou les pratiques susceptibles de perturber le marché.
Les opérateurs pétroliers se sont engagés à accélérer les déclarations de mise à la consommation et à veiller à la bonne application des obligations imposées par le gouvernement. Celui-ci, de son côté, a annoncé plusieurs ajustements administratifs destinés à fluidifier les procédures, consolidant ainsi un appareil étatique qui cherche à renforcer sa capacité de gouvernance dans un secteur hautement sensible.
Dans un pays où les échanges extérieurs représentent près de 69 % du PIB, la maîtrise du secteur pétrolier a un poids politique majeur. Les pénuries ponctuelles observées récemment ont mis en lumière la fragilité du système et la nécessité, pour les autorités, de démontrer leur crédibilité en matière de gestion des biens stratégiques.
Les prochains jours serviront de test pour ce protocole, dont la mise en œuvre conditionnera non seulement la stabilité de l’approvisionnement en carburant, mais aussi la perception de l’efficacité gouvernementale dans un domaine où les attentes sociales sont élevées et où la marge d’erreur est limitée.
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