Alors que la rupture est consommée entre la Cédéao et les régimes militaires du Sahel, le président sierra-léonais Julius Maada Bio, nouvel homme fort de l’organisation sous-régionale, multiplie les gestes de réouverture diplomatique. Une tentative de recoller les morceaux d’une intégration ouest-africaine en crise.
Par notre rédaction
Depuis Freetown, un appel au dialogue. Mais en face, un silence prudent. Mardi 5 août, le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, fraîchement désigné à la tête de l’Autorité de la Cédéao, a lancé un message solennel à l’adresse du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). L’objectif ? Rétablir un canal de communication entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et ses trois ex-membres, partis avec fracas en janvier 2025.
« Il est impératif de construire un partenariat plus fort avec l’AES », a-t-il insisté, aux côtés du président de la Commission de la Cédéao, Dr Omar Alieu Touray.
« Nos peuples ne peuvent être les otages de divergences institutionnelles. »
Mais cette tentative de conciliation arrive après une série de ruptures que beaucoup, dans les capitales sahéliennes, jugent irréversibles.
Une Cédéao affaiblie, une AES déterminée
En sept mois, l’AES s’est affirmée comme un bloc alternatif, forgé par la défiance envers une Cédéao perçue comme l’outil des vieilles élites et des puissances étrangères. Drapeau, hymne, passeport, projet de force militaire commune : le triptyque sahélien avance sans complexe, assumant sa ligne de souveraineté dure face aux injonctions d’Abuja.
Dans ce contexte, l’appel de Julius Maada Bio sonne presque comme un aveu. Celui d’une Cédéao fragilisée par ses échecs diplomatiques récents, notamment ses sanctions jugées excessives, son incapacité à gérer les transitions politiques sans se décrédibiliser, et un déficit de légitimité criant auprès des opinions publiques.
« Nous avons perdu en crédibilité. Il faut reconstruire, repenser, et surtout écouter », confie en coulisses un diplomate ouest-africain.
Un dialogue de sourds en perspective ?
Certes, une troïka ministérielle avait été mise en place lors du sommet d’Abuja en juin pour encadrer la sortie des trois pays. Mais aucun signal fort n’est venu de Bamako, Ouagadougou ou Niamey pour indiquer une volonté de retour. Au contraire, les régimes sahéliens, galvanisés par leur rejet des mécanismes « néocoloniaux », appellent à redéfinir les règles du jeu régional — sur la base d’un nouveau rapport de force.
Dans ce bras de fer, le dialogue proposé par Julius Maada Bio peut apparaître comme une tentative tardive de sauver ce qui peut l’être, alors que les lignes de fracture se creusent autour des questions de sécurité, de légitimité politique, et de souveraineté économique.
La Cédéao face à ses contradictions
Le président sierra-léonais a annoncé vouloir convoquer un sommet spécial sur l’avenir de la région, après « 50 ans de coopération ». Mais les critiques pleuvent sur l’inefficacité de l’organisation : incapacité à enrayer les coups d’État, gestion opaque de la Taxe communautaire de développement, paralysie sur les conflits frontaliers comme celui de Yenga…
L’organisation apparaît aujourd’hui à la croisée des chemins, tiraillée entre son ambition d’intégration régionale et la réalité d’États qui, de plus en plus, revendiquent leur propre voie, quitte à tourner le dos aux traités communs.
« L’alternative n’est pas dans la rupture, mais dans la refondation », a insisté Julius Maada Bio. Reste à savoir si les mots suffiront à rétablir la confiance.







