La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont relancé, le samedi 6 décembre à Ouagadougou, leur coopération politique après plusieurs mois d’une crise aiguë marquée par l’affaire Alino Faso et de profondes divergences autour de la lutte contre le terrorisme. Une reprise de contact saluée comme une étape majeure pour apaiser les relations entre les deux voisins.
Un entretien jugé « constructif »
Mandaté par le gouvernement ivoirien, le ministre de l’Intégration africaine, Adama Dosso, a rencontré son homologue burkinabè, Jean Marie Traoré, chef de la diplomatie burkinabè. Les deux parties décrivent une séance de travail « franche, constructive et sereine ».
Pour Adama Dosso, cette reprise de dialogue était devenue indispensable :
« La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont liés par une communauté de destin. Nous avons le devoir de dépasser les incompréhensions et de rétablir la confiance », a-t-il déclaré.
Jean Marie Traoré a, de son côté, salué une démarche conforme à « la vision du président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré », en faveur d’un apaisement « fondé sur le respect mutuel et la fraternité historique » entre les deux pays.
Une crise alimentée par l’affaire Alino Faso
La rencontre intervient alors que les relations entre Abidjan et Ouagadougou restent fragilisées par la mort de l’activiste burkinabè Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso, décédé le 24 juillet dans des circonstances controversées dans une école de gendarmerie ivoirienne.
Le Burkina Faso conteste la thèse du suicide avancée par les autorités ivoiriennes et a ouvert une procédure judiciaire. Il réclame également des explications détaillées, le rapatriement du corps et « toute la lumière » sur le dossier. Cette affaire a catalysé les tensions diplomatiques et nourri la méfiance entre les deux capitales.
Des divergences sécuritaires fortement médiatisées
Les relations entre les deux pays ont été encore plus tendues après un entretien télévisé du président burkinabè fin septembre. Le Capitaine Ibrahim Traoré y accusait ouvertement la Côte d’Ivoire d’entretenir un « pacte de non-agression » avec certains groupes terroristes, estimant que l’accalmie sécuritaire dont bénéficie Abidjan ne saurait s’expliquer par une simple performance militaire.
« Quand il y a un pacte de non-agression, vous devenez une base arrière », avait-il affirmé, allant jusqu’à prévenir qu’en cas de crise interne, la Côte d’Ivoire pourrait redevenir une cible terroriste.
Le chef de l’État burkinabè avait également évoqué ses premiers échanges avec Abidjan après sa prise de pouvoir en 2022, estimant que les désaccords politiques qui ont suivi avaient refroidi les relations bilatérales.
Vers une normalisation progressive ?
Malgré ces tensions, la démarche ivoirienne à Ouagadougou marque un tournant. Les deux ministres ont convenu de poursuivre le dialogue, de consolider la coopération régionale et de promouvoir un climat plus stable au sein de l’espace commun partagé par les deux pays.
Si de nombreuses questions restent en suspens, notamment l’affaire Alino Faso, la relance du dialogue officiel ouvre la voie à une possible normalisation. Pour l’heure, Abidjan et Ouagadougou affichent une volonté commune d’éviter l’escalade et de replacer leurs relations sur le terrain diplomatique.
Lfl








