En visite à Niamey les 6 et 7 août 2025, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno affirme sa proximité stratégique avec le Niger du général Tiani. Une rencontre à forte portée symbolique dans un Sahel en pleine recomposition, où les États prennent leur destin sécuritaire en main.
C’est une accolade sahélienne pleine de sens qui s’est jouée ce mercredi 6 août à l’aéroport Diori Hamani de Niamey. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a foulé le sol nigérien pour une visite de travail et d’amitié de 48 heures, accueilli en grande pompe par le général Abdourahamane Tiani et les autorités de transition. Dans l’air brûlant de la capitale, ce déplacement porte les marques d’un tournant : celui d’une souveraineté régionale qui s’affirme, au-delà des cadres institutionnels traditionnels.
La communauté tchadienne de Niamey, mobilisée dès l’aube à l’appel de l’ambassade, a formé une haie de bienvenue aux accents fraternels. Car au-delà du protocole, c’est une vision commune du destin sahélien que sont venus sceller les deux dirigeants. Une vision forgée dans la désillusion du G5 Sahel, vidé de sa substance après les retraits en cascade du Mali, du Burkina Faso puis du Niger. Aujourd’hui, les dynamiques se reconfigurent, et le dialogue Niamey–Ndjamena se hisse en levier stratégique.
Les enjeux sécuritaires communs sont pressants : les groupes armés continuent de semer l’instabilité dans le bassin du Lac Tchad, et les deux États partagent une frontière vulnérable. Mais au-delà du front militaire, c’est une coopération politique assumée qui se construit. Le Tchad, qui a lui-même mis fin à ses accords militaires avec la France fin 2024, cherche, tout comme le Niger, à reprendre le contrôle de sa stratégie de défense.
Ce tête-à-tête entre Déby et Tiani prolonge une médiation que le président tchadien avait entamée dès les premières heures du renversement de Mohamed Bazoum, en juillet 2023. À l’époque, il avait joué les courroies diplomatiques entre Abuja, Niamey et les acteurs de la crise. Depuis, les échanges n’ont jamais cessé, et les émissaires entre les deux capitales n’ont cessé d’alterner.
Alors que l’Alliance des États du Sahel (AES) trace les contours d’une nouvelle architecture politique, ce voyage sonne comme un acte de solidarité active. Dans une région marquée par les replis stratégiques et les tensions géopolitiques, Niamey et Ndjamena affichent une proximité sans équivoque, guidée par des intérêts partagés, mais aussi par une volonté affichée de bâtir une coopération sahélienne débarrassée des tutelles.
La visite de Mahamat Déby Itno à Niamey n’est donc pas seulement protocolaire. Elle réaffirme un cap : celui d’un dialogue bilatéral fort, d’une souveraineté retrouvée, et d’une réponse collective aux défis que le Sahel entend affronter, selon ses propres termes.
LFL







