L’ancien président de la transition burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été arrêté la semaine dernière au Togo, où il s’était réfugié après sa chute du pouvoir en 2022, avant d’être expulsé, ont confirmé des sources sécuritaires régionales et togolaises. Accusé par les autorités de Ouagadougou d’avoir orchestré plusieurs tentatives de coups d’État, l’ex-lieutenant-colonel aurait été jugé pour « tentative de déstabilisation » avant d’être conduit à l’aéroport. Aucune information officielle n’a toutefois été fournie sur sa destination finale.
Ni le gouvernement togolais ni celui du Burkina Faso n’ont communiqué publiquement sur cette affaire, alimentant les interrogations sur le sort réservé à l’ancien chef de la transition. Cette arrestation survient dans un contexte juridique et politique sensible, le Burkina Faso ayant récemment rétabli la peine de mort pour des crimes jugés majeurs, dont la haute trahison.
Paul-Henri Sandaogo Damiba avait pris le pouvoir en janvier 2022 à la suite d’un putsch contre le président élu Roch Marc Christian Kaboré. Neuf mois plus tard, il était à son tour renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui dirige toujours le pays. Contraint à l’exil au Togo, Damiba est depuis devenu une figure centrale des accusations de complots régulièrement formulées par la junte burkinabè.
Début janvier, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, avait affirmé à la télévision nationale qu’un plan de déstabilisation, prévu pour le 3 janvier 2025, visait notamment des assassinats ciblés de responsables civils et militaires, y compris le chef de l’État. Durant plusieurs jours, des déclarations de présumés complices, diffusées sur les médias publics, ont présenté Damiba comme le principal commanditaire. En avril 2025, une série d’arrestations au sein de l’armée avait déjà illustré la gravité des accusations portées contre lui.
Radié des forces armées fin 2024 pour « intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes », l’ancien président de la transition avait également été désigné comme l’architecte du volet militaire d’un vaste complot annoncé comme déjoué en septembre de la même année. Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré affirme régulièrement avoir mis en échec des tentatives de déstabilisation, qu’il impute en grande partie à son prédécesseur.
Cette nouvelle affaire s’inscrit dans un climat sécuritaire toujours marqué par la persistance des violences djihadistes au Burkina Faso, malgré les promesses de restauration rapide de la sécurité formulées par les autorités de transition. Sur le plan régional, Ouagadougou a opéré un repositionnement stratégique, rompant avec la France et se rapprochant du Mali et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), quittant la Cedeao. Le Togo, resté membre de l’organisation régionale, joue néanmoins un rôle clé grâce à son accès à la mer et à ses relations diplomatiques suivies avec les pays de l’AES.
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