Le bras de fer entre Niamey et Paris connaît un nouveau tournant. Le Conseil des ministres nigérien a accusé, le vendredi 3 septembre 2026, la France d’être à la tête d’un « vaste réseau de connivences » qui aurait été impliqué dans la tentative de déstabilisation survenue les 28 et 29 août à Niamey.
Réuni sous la présidence du général Abdourahamane Tiani, le Conseil des ministres affirme avoir réuni une « documentation conséquente » sur les événements et n’exclut désormais pas de porter l’affaire devant la justice internationale.
Selon les autorités nigériennes, les affrontements auraient été « orchestrés » par des éléments du Bataillon spécial de renseignement du Commandement des opérations spéciales (BSR-COS), notamment au niveau de la base aérienne 101.
Niamey affirme également avoir identifié des « ramifications internationales » derrière cette tentative présumée de déstabilisation. Dans sa communication, le gouvernement met directement en cause « le régime français de monsieur (Emmanuel) Macron », qu’il accuse de chercher à fragiliser la politique de souveraineté du Niger et à reprendre le contrôle de ses ressources naturelles.
Le Conseil des ministres évoque également l’implication présumée de certains pays africains, qualifiés de « passerelles aux actions déstabilisatrices » attribuées à la France.
Niamey prépare-t-il une offensive judiciaire ?
L’annonce d’une éventuelle saisine de la justice internationale constitue l’un des principaux éléments de la communication du gouvernement nigérien.
Les autorités indiquent avoir constitué une « documentation conséquente » sur ce qu’elles présentent comme une agression contre le Niger et précisent se « réserver le droit d’intenter des actions devant la justice internationale ».
Cette démarche pourrait donner une nouvelle dimension au contentieux entre Niamey et Paris, déjà profondément dégradé depuis le changement de pouvoir intervenu au Niger.
Un important arsenal présenté après les affrontements
Dans le cadre de son récit des événements, le gouvernement nigérien avait auparavant présenté un important lot de matériels militaires qui aurait été récupéré après les affrontements.
L’arsenal comprendrait notamment 34 pick-up équipés d’armes de bord, deux véhicules blindés légers, plusieurs dizaines de motos ainsi qu’un stock d’armes et de munitions. Des fusils AK-47, des lance-roquettes RPG-7, des mitrailleuses PKM et des armes de calibres 12,7 et 14,5 mm figureraient parmi les équipements présentés.
Niamey attribue ce matériel aux éléments du BSR-COS qu’il accuse d’avoir participé aux attaques contre la base aérienne 101 et d’autres sites stratégiques de la capitale.
Le témoignage de Roger Gabriel au cœur des accusations
Les accusations gouvernementales font également écho au témoignage du capitaine Roger Gabriel, diffusé mardi par la Radio Télévision du Niger. L’officier y évoque plusieurs scénarios présumés d’intervention extérieure en soutien aux éléments impliqués dans les affrontements.
La France, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Tchad sont notamment cités dans son témoignage.
Ces accusations ont cependant été contestées par plusieurs pays. Le Nigeria a rejeté comme « fausses et malveillantes » les informations faisant état d’un soutien nigérian ou de la Cédéao à une tentative de déstabilisation du Niger. Le Bénin a lui aussi démenti toute implication.
Cotonou prône l’apaisement
Vendredi, le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a réaffirmé la position de Cotonou.
« La conviction du gouvernement, c’est qu’à un moment ou à un autre, nos frères du Niger comprendront que le Bénin n’est pas leur ennemi, et que les relations vont se normaliser », a-t-il déclaré.
Il a également assuré que le Bénin reste opposé à toute tentative de déstabilisation du Niger.
« Pour les mêmes raisons qui ont fait qu’hier nous avons été contre la déstabilisation du Niger, pour ces mêmes raisons, nous sommes contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui, et nous le serons demain », a-t-il insisté.
Alors que Niamey brandit désormais la possibilité d’une action devant la justice internationale, les accusations portées contre la France et plusieurs pays africains restent, à ce stade, des allégations des autorités nigériennes qui n’ont pas été publiquement établies de manière indépendante.
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