La 5ᵉ édition d’Abidjan Média Forum s’est tenue le mardi 8 septembre 2026 à Abidjan, autour d’un enjeu devenu incontournable pour l’avenir du secteur : comment construire des médias plus inclusifs tout en intégrant l’intelligence artificielle de manière éthique et responsable ?
Décideurs, universitaires, experts, professionnels des médias, partenaires institutionnels et représentants de la société civile ont croisé leurs réflexions autour du thème : « Médias, Femmes et Développement durable : Coopération Sud-Sud et Nord-Sud pour une société inclusive ».
À l’ouverture, Alafé Wakili, président du comité d’organisation et directeur général du groupe L’Intelligent d’Abidjan, a rappelé la résilience de son entreprise de presse, créée en 2003, face aux différentes crises économiques, notamment aux conséquences de la pandémie de Covid-19.
Il a surtout saisi l’occasion pour lancer un appel au public en faveur de la presse écrite, invitant les citoyens à continuer d’acheter les journaux, à consulter leurs plateformes numériques et à partager leurs contenus sur les réseaux sociaux.
Les femmes au cœur de la transformation des médias
Présidant la cérémonie, le ministre des Sports, Adje Sylas Metch, a placé la question du leadership féminin au centre des échanges.
Selon lui, une participation accrue des femmes dans les médias constitue un levier de coopération et de rapprochement entre les sociétés. Il a notamment plaidé pour une coopération Sud-Sud capable de valoriser les savoir-faire et les réalités locales.
Le ministre a également appelé à des partenariats Nord-Sud respectueux des spécificités culturelles, tout en soulignant la responsabilité particulière des femmes journalistes dans la manière de raconter et d’interpréter les réalités du monde.
L’IA, nouvelle frontière du journalisme
Mais l’autre grande question soulevée par cette édition concerne l’intelligence artificielle.
Représentant le bureau résident de l’UNESCO, Jean Bosco Ki a insisté sur l’ampleur des bouleversements provoqués par l’IA dans les modèles économiques des médias et dans les pratiques journalistiques.
Pour l’organisation, cette transformation technologique doit également être l’occasion de renforcer la place des femmes dans l’économie numérique. Jean Bosco Ki a notamment appelé à multiplier les formations aux compétences numériques destinées aux femmes et à favoriser leur présence dans les espaces où se prennent les décisions technologiques.
Une exigence qui prend une dimension particulière à l’heure où les outils d’IA peuvent à la fois améliorer la production et la diffusion de l’information, mais aussi amplifier les risques liés à la désinformation, aux contenus manipulés et aux biais technologiques.
Désinformation et éducation aux médias
Les travaux du forum se sont articulés autour de trois grands panels. Les discussions ont porté sur la représentativité des femmes dans les rédactions, la coopération institutionnelle face aux fausses informations ainsi que les opportunités et les risques liés à l’intelligence artificielle.
Ces échanges traduisent une évolution majeure des préoccupations du secteur médiatique : il ne s’agit plus seulement de produire davantage d’informations, mais de garantir une information fiable, inclusive et adaptée aux mutations technologiques.
Un nouveau dispositif pour les professionnels des médias
La rencontre s’est achevée sur une annonce concernant directement les acteurs du secteur.
Valy Pierre Coulibaly, représentant le Médiateur de la République et parrain de l’événement, a annoncé la création d’un cadre d’écoute spécifique destiné aux professionnels des médias, aux journalistes et aux associations de femmes confrontés à des difficultés administratives dans l’exercice de leurs missions.
L’institution prévoit également d’intégrer certaines recommandations issues d’Abidjan Média Forum, notamment celles relatives à l’éducation aux médias et à la lutte contre les discours de haine, dans ses futures campagnes nationales de sensibilisation.
À travers cette 5ᵉ édition, Abidjan Média Forum aura ainsi posé une question centrale : dans un paysage médiatique bouleversé par l’intelligence artificielle, la désinformation et les mutations économiques, l’avenir du journalisme passera-t-il par davantage d’inclusion, de compétences numériques et de coopération ?
Dina Light








