Après des tensions autour de commerçants béninois installés à Lambaréné, relayées et amplifiées sur les réseaux sociaux, le gouvernement de Cotonou appelle à la retenue et à la fraternité, réaffirmant la solidité des liens avec Libreville.
À Lambaréné, dans le centre du Gabon, l’ambiance du marché a récemment viré à la crispation. Des commerçants béninois, nombreux dans la ville, ont vu leurs stands contestés après l’attribution de nouvelles places de marché. Très vite, les murmures et les tensions locales se sont propagés… jusqu’aux réseaux sociaux.
« On a commencé à recevoir des menaces, certains nous disaient qu’on n’était pas les bienvenus », confie Mathias, un vendeur béninois de tissus installé depuis dix ans. Sur Facebook et WhatsApp, les échanges se sont enflammés, opposant parfois Béninois et Gabonais dans une guerre de commentaires virulents.
Face à cette escalade numérique, le gouvernement béninois a réagi. Dans un communiqué publié lundi, Cotonou appelle à la retenue et insiste sur « les excellents rapports de coopération » avec Libreville. « Nous tenons à rappeler que nos ressortissants bénéficient de la bienveillance des autorités gabonaises », martèle le texte, qui exhorte les internautes des deux pays à privilégier la fraternité.
Derrière les mots diplomatiques, l’inquiétude est réelle. Déjà, le 14 août, le ministère béninois des Affaires étrangères s’était dit préoccupé par « des menaces et actes d’intimidation » visant ses ressortissants. Une mission d’identification avait même été annoncée, pour envisager, le cas échéant, un retour volontaire de certains commerçants.
Mais beaucoup de Béninois installés au Gabon refusent d’imaginer un départ. « C’est ici que j’ai construit ma vie, mes enfants vont à l’école à Lambaréné », souffle Awa, vendeuse de produits vivriers. Elle dit espérer que « la politique ne vienne pas briser les liens » entre les deux peuples.
En rappelant son attachement au panafricanisme et à la solidarité entre États, le Bénin joue l’apaisement. Le message est clair : transformer une polémique numérique en fracture réelle serait une défaite pour tous. Reste à savoir si la voix de la diplomatie pourra couvrir le tumulte des réseaux sociaux.
LFL







