Adoubé par Patrice Talon et la majorité présidentielle, Romuald Wadagni incarne la continuité du régime sortant. Mais à huit mois du scrutin, une question demeure : ce technocrate reconnu à l’international saura-t-il convaincre dans l’arène politique, face à une opposition en quête de revanche ?
Le 31 août 2025, la mouvance présidentielle béninoise a tranché : son candidat pour l’élection du 12 avril 2026 sera Romuald Wadagni, ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances. À 49 ans, l’ancien expert-comptable, formé entre Grenoble et Harvard, entre de plain-pied dans la bataille pour la succession de Patrice Talon.
Ce choix, validé par l’Union progressiste pour le renouveau démocratique (UPR) et le Bloc républicain (BR), ne surprend qu’à moitié. Déjà en janvier dernier, lorsque Wadagni s’était retiré de la course à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), certains y avaient vu un signal : celui d’une carrière internationale sacrifiée au profit d’un destin national.
Sur le papier, le profil est solide. Depuis 2016, Wadagni a piloté les réformes financières du Bénin, obtenant des évaluations positives du FMI et une reconnaissance au sein de l’UEMOA, dont il a présidé le conseil des ministres des Finances. Sa rigueur et son entregent ont permis d’ancrer le pays dans une trajectoire de crédibilité auprès des bailleurs de fonds.
Mais la politique ne se résume pas à l’économie. Et c’est là que se situe le défi. Peu connu du grand public, Romuald Wadagni devra conquérir une base électorale au-delà des cercles technocratiques et des chancelleries. Son absence d’ancrage politique local pourrait devenir une faiblesse face au parti Les Démocrates, mené par des figures aguerries comme l’ancien président Boni Yayi.
Derrière sa désignation plane aussi l’ombre de Patrice Talon. Beaucoup voient en Wadagni un « dauphin » plus choisi que choisi par le peuple, garant de la continuité d’un système, mais dont l’autonomie réelle reste à prouver. « La vraie question est de savoir si Wadagni sera le président de tous les Béninois ou celui d’un clan », commente un analyste politique à Cotonou.
Le calendrier électoral s’accélère : la Céna a fixé la période du 10 au 14 octobre pour le dépôt des candidatures. La campagne, quant à elle, devra trancher entre deux récits : celui d’un technocrate compétent prêt à porter le Bénin vers l’avenir, et celui d’un candidat imposé, encore à l’épreuve du terrain politique.
Pour l’heure, Wadagni reste une équation ouverte : incarnation de la stabilité ou pari risqué d’un président sortant en quête d’héritier ?
LFL







