Au Cameroun, le silence officiel pèse comme un couvercle. Mais une voix s’élève, celle d’Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FNSC), qui a choisi de rompre avec la peur et la résignation. Dimanche, depuis son quartier général, il a annoncé qu’il publierait ses propres résultats électoraux, issus des procès-verbaux signés dans les bureaux de vote.
Pour lui, il ne s’agit pas d’un acte de défi, mais d’un acte de vérité. « Le peuple a voté. Nous ne laisserons personne confisquer sa parole », martèle-t-il. Selon son équipe, les tendances couvrent 18 départements, soit 80 % du corps électoral national — une base solide, argumente-t-il, face à la machine du pouvoir.
Depuis le 14 octobre, Tchiroma revendique la victoire contre Paul Biya, l’homme qui règne sans partage depuis 43 ans. Une déclaration jugée “insolente” par les autorités. Le ministre Atanga Nji Paul a parlé “d’imposture”. Mais derrière ce mot, beaucoup lisent la crainte d’un électrochoc démocratique.
Car pour la première fois depuis des décennies, le pouvoir semble redouter la rue, redouter la jeunesse, redouter une urne qui pourrait lui échapper. Le régime resserre l’étau : interpellations, interdictions de manifester, harcèlement des opposants. Un pays verrouillé, où le droit de voter devient un acte de courage civique.
L’opposant Maurice Kamto, exclu de la course, a lui aussi appelé au respect du vote populaire. Dans un message sobre mais lourd de sens, il avertit : « Ceux qui menacent l’ordre public, ce sont ceux qui refusent la vérité des urnes. »
Le Conseil constitutionnel, sous contrôle du régime, promet ses résultats pour le 26 octobre. Mais dans les quartiers de Douala, dans les collines de Bafoussam, dans les rues de Garoua, une autre vérité circule déjà : celle d’un peuple qui en a assez du silence, et qui croit encore en la promesse d’un Cameroun libre.
LFL







