Sous le crépitement des écrans et les murmures des radios locales, le quartier du foyer des jeunes de Divo s’est transformé 25 octobre 2025, en un véritable centre nerveux de la démocratie. Là, dans une “situation room” improvisée mais stratégique, l’ONG Indigo Côte d’Ivoire orchestre la défense silencieuse de la paix. Des dizaines d’observateurs y suivent minute par minute le déroulement du scrutin présidentiel, prêts à signaler le moindre incident.
« Chaque information que nous recevons est un battement du cœur de la nation .», a confié Pauline Kouassi, la coordinatrice nationale. Dans un souffle qui mêle fatigue et conviction, elle a indiqué que depuis trois jours, ses équipes veillent, alertent, apaisent.
Des chiffres qui interpellent : 44 incidents, 33 à risque élevé
Selon le bilan provisoire rendu public par Indigo, 44 incidents ont été recensés dans 15 localités sous surveillance. À Didoko, des routes ont été bloquées ; à Yopougon Niangon, des pneus brûlent au milieu de la chaussée ; à Béoumi, des altercations menacent de dégénérer.
Sur ces événements, 33 sont considérés comme présentant un fort risque de fracture sociale.
Mais au lieu d’assister impuissante, l’ONG agit. Son dispositif VARR-C (Veille, Alerte et Réponse Rapide Citoyenne), soutenu par l’Union européenne et Interpeace, active sur le terrain des réseaux communautaires de médiation. Ces hommes et femmes anonymes, souvent issus des quartiers concernés, s’interposent, discutent, calment les esprits.
« Ce sont nos héros de l’ombre », reconnaît Mme Kouassi. « Sans eux, la tension aurait déjà gagné plusieurs villes. »
Une armée pacifique de 489 observateurs
À travers Abobo, San Pedro, Bangolo ou Divo, 489 observateurs citoyens se relaient. Armés non pas de slogans, mais de carnets, de smartphones et de courage, ils incarnent une nouvelle génération de citoyens : ceux qui choisissent la paix plutôt que la peur.
Leur action immédiate, relayée par les cadres locaux d’Indigo, a permis d’éviter des affrontements dans plusieurs zones sensibles. Dans un contexte où chaque rumeur peut embraser un quartier, ces gestes simples: écouter, comprendre, prévenir, deviennent des actes politiques puissants.
Préserver la paix, défendre la démocratie
Malgré les tensions ponctuelles, Indigo Côte d’Ivoire conclut à un scrutin globalement calme, sans violences intercommunautaires majeures. Une victoire collective, fragile mais réelle.
L’organisation, lauréate du 2ᵉ Prix d’Excellence du meilleur artisan de la paix et de la cohésion sociale, rappelle que la stabilité nationale se bâtit sur la vigilance populaire.
« La paix n’est pas un slogan, c’est une responsabilité partagée », martèle Pauline Kouassi avant de replonger dans ses rapports.
À Divo, la nuit avance, mais la salle reste éveillée. Car dans ce pays où chaque élection réveille des cicatrices anciennes, Indigo Côte d’Ivoire continue de prouver que la paix n’est pas un hasard : elle se construit, pas à pas, par les citoyens eux-mêmes.
Roland Y.







