Longtemps installée au cœur des échanges commerciaux africains, la France voit aujourd’hui son influence économique s’éroder au profit de nouvelles puissances. Face à cette perte de vitesse, Paris tente de réajuster sa stratégie pour redevenir un partenaire de premier plan sur un continent désormais marqué par une concurrence internationale accrue.
Ancienne puissance coloniale disposant d’un vaste réseau diplomatique et d’entreprises implantées en Afrique, la France ne bénéficie plus de la position dominante qui fut la sienne pendant plusieurs décennies. L’arrivée massive d’acteurs comme la Chine, l’Inde, la Turquie ou encore le Brésil a profondément redessiné la carte des partenariats économiques africains, reléguant les anciens partenaires occidentaux à des rôles plus secondaires.
Un recul chiffré et assumé
Les indicateurs sont sans équivoque. Bien que les exportations françaises vers l’Afrique aient progressé en valeur absolue depuis 2015, la part de marché de la France sur le continent a été divisée par deux en une décennie. Elle est aujourd’hui estimée à un peu plus de 4 %, contre environ 17 % pour la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique.
Conscient de cette réalité, le président Emmanuel Macron a récemment tiré la sonnette d’alarme devant le corps diplomatique français. Il a reconnu que le déclassement économique de la France en Afrique est en partie « auto-infligé », dénonçant une frilosité excessive des entreprises françaises et un cadre réglementaire jugé trop contraignant pour favoriser l’investissement à l’international.
Paris face à la nouvelle donne africaine
Sur le terrain, la concurrence est désormais frontale, y compris dans les pays francophones, longtemps considérés comme des bastions acquis à la France. Les entreprises chinoises, notamment, s’imposent sur de grands projets d’infrastructures et de financement, souvent avec des offres plus rapides et plus compétitives. Le basculement de certains marchés stratégiques vers Pékin illustre l’affaiblissement de l’influence française.
Pour enrayer cette tendance, Paris plaide pour une approche renouvelée : partenariats économiques de grande ampleur, meilleure mobilisation de la diaspora, et implication renforcée des entreprises françaises dans des secteurs clés comme la finance, l’énergie, le numérique et la transition climatique.
Nairobi, symbole d’un repositionnement stratégique
Dans cette dynamique, le choix de Nairobi pour accueillir le prochain sommet Afrique–France, les 11 et 12 mai prochains, constitue un signal politique fort. Pour la première fois, ce rendez-vous stratégique se tiendra hors de l’espace francophone traditionnel, traduisant la volonté de la France de s’adresser à l’ensemble du continent et de nouer des relations plus équilibrées avec des pays anglophones influents.
Les échanges porteront sur l’innovation, la transformation numérique et le financement climatique, avec la participation attendue de dirigeants africains, français, mais aussi allemands et indiens, soulignant l’internationalisation croissante des enjeux africains.
Un défi politique et mémoriel persistant
Cette offensive économique se heurte toutefois à un climat politique délicat. Le recul de l’influence française s’explique aussi par un rejet politique et populaire, alimenté par l’héritage colonial et les interventions militaires passées, notamment au Sahel. Les ruptures avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ainsi que le retrait progressif des forces françaises de pays partenaires comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, illustrent ce tournant historique.
Dans ce contexte, la France joue une partie décisive. Sa capacité à rester un acteur économique crédible en Afrique dépendra de sa faculté à s’adapter à la nouvelle géopolitique du continent, à proposer des partenariats fondés sur le respect mutuel et à convaincre qu’elle peut encore être un partenaire utile dans l’Afrique du XXIᵉ siècle.
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