Frontière maritime : le Togo privilégie la voie du droit après la saisine du Ghana

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À la suite de la décision du Ghana de recourir à l’arbitrage international pour la délimitation de leur frontière maritime commune, le Togo réaffirme son attachement au règlement pacifique des différends. Lomé insiste sur le respect du droit international et des principes consacrés par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

Le différend maritime entre le Togo et le Ghana franchit une nouvelle étape diplomatique. Accra a officiellement notifié, le 20 février dernier, sa décision de recourir à un arbitrage international pour trancher la question de la délimitation de la frontière maritime entre les deux États. Une décision qui marque, de facto, la fin du cycle de négociations bilatérales engagées depuis 2018.

Dans un communiqué rendu public mercredi soir, le gouvernement togolais indique avoir reçu la notification ghanéenne et « prendre acte » de l’ouverture de cette procédure d’arbitrage, fondée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Sans exprimer d’opposition formelle à la démarche, Lomé souligne toutefois qu’elle intervient après plusieurs années de discussions techniques restées sans aboutissement.

Huit années de discussions techniques

Le différend trouve son origine dans l’absence d’une frontière maritime formellement établie et reconnue entre les deux pays. Cette situation a généré, entre 2016 et 2018, plusieurs incidents en mer, dans une zone considérée comme stratégique en raison de ses ressources halieutiques et de son potentiel énergétique.

Pour éviter toute escalade, les deux États avaient décidé d’engager un processus de dialogue technique à partir de juin 2018. Les discussions étaient menées par la Commission nationale des frontières maritimes du Togo et la Ghana Boundary Commission.

Lors de leur cinquième réunion plénière, tenue en août 2019 à Accra, les deux parties s’étaient engagées à s’abstenir de toute action en mer susceptible de nuire au climat de paix et de fraternité entre les deux États. Cet engagement traduisait la volonté affichée de privilégier une solution négociée.

Cependant, malgré plusieurs cycles d’échanges, aucun accord définitif n’a été trouvé.

Lomé invoque justice et équité

Face à la décision d’Accra de saisir l’arbitrage international, le gouvernement togolais réaffirme son attachement au règlement pacifique des différends. Lomé insiste sur la nécessité de parvenir à une solution « dans le respect des principes de justice et d’équité » consacrés par la CNUDM de 1982.

Pour les autorités togolaises, l’absence d’une délimitation officielle justifie la recherche d’un cadre juridique clair et équitable. Le recours à l’arbitrage, bien qu’il marque une rupture avec la voie strictement bilatérale, reste inscrit dans le cadre du droit international.

Lomé rappelle également son engagement en faveur du bon voisinage et de la coopération fraternelle avec le Ghana. Les deux pays entretiennent en effet des relations économiques et humaines étroites, caractérisées par d’importants échanges commerciaux et des liens sociaux transfrontaliers.

Accra plaide pour une solution définitive

Du côté ghanéen, les autorités expliquent avoir opté pour l’arbitrage après huit années de discussions jugées infructueuses. Dans un communiqué publié le 20 février, Accra indique que cette démarche vise à prévenir toute nouvelle tension et à obtenir une décision définitive conforme au droit international.

Le recours à la procédure prévue par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer permet aux États parties de soumettre leur différend à un tribunal arbitral, dont la décision s’impose aux deux parties.

Cette option n’est pas inédite en Afrique de l’Ouest. Plusieurs États côtiers ont déjà eu recours aux mécanismes internationaux pour régler des différends similaires, dans un souci de stabilité et de sécurité juridique.

Un enjeu stratégique pour les deux pays

La délimitation maritime revêt une importance stratégique majeure. Au-delà des ressources halieutiques, la zone concernée pourrait receler des ressources énergétiques offshore. Une frontière clairement définie est donc essentielle pour sécuriser les investissements et prévenir les incidents.

Pour le Togo comme pour le Ghana, l’enjeu est de garantir la stabilité de leur espace maritime tout en préservant la qualité de leurs relations bilatérales.

À Lomé, le ton se veut mesuré. Les autorités insistent sur leur volonté de respecter les mécanismes juridiques internationaux et de maintenir un climat apaisé. Le recours à l’arbitrage est perçu comme une étape procédurale, non comme une rupture diplomatique.

Vers une clarification durable ?

L’ouverture de la procédure d’arbitrage marque le début d’un processus qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Les deux États devront présenter leurs arguments juridiques devant le tribunal compétent.

En attendant, les autorités togolaises réaffirment leur engagement en faveur du dialogue et de la coopération. L’objectif affiché demeure la recherche d’une solution équitable, conforme au droit international et respectueuse des intérêts des deux nations.

Dans un contexte régional où la stabilité maritime est un enjeu majeur, le règlement pacifique de ce différend constituerait un signal fort. Pour Lomé comme pour Accra, il s’agit désormais de transformer cette procédure juridique en opportunité de clarification durable et de consolidation des relations de bon voisinage.

Lfl

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