La Abidjan accueille depuis le 3 mars 2026 une réunion consultative consacrée à la refondation de la CEDEAO. Cette rencontre stratégique réunit responsables politiques, experts économiques et représentants du secteur privé afin de définir de nouvelles orientations pour l’intégration régionale, à un moment où les défis économiques et géopolitiques exigent des réponses adaptées.
Un constat partagé : l’intégration doit être renforcée
L’ouverture des travaux a été marquée par une analyse sans complaisance de la situation. Selon Adama Dosso, ministre ivoirien de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, l’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel économique considérable, mais les mécanismes d’intégration n’ont pas encore produit tous les effets attendus.
Les chiffres présentés illustrent cette réalité : en 2024, le commerce intra-régional ne représentait que 5,7 % des échanges totaux de la zone. Ce niveau, stagnant depuis plusieurs années, demeure bien inférieur aux ambitions initiales de la CEDEAO, qui visait à faire de l’intégration un levier majeur de croissance.
Plusieurs obstacles expliquent cette performance limitée :
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la persistance de barrières non tarifaires,
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la complexité des procédures douanières,
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la fragmentation des marchés nationaux,
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et une dépendance structurelle aux exportations de matières premières.
Ces freins réduisent la capacité de la région à développer des chaînes de valeur locales et à créer des emplois, en particulier pour une population jeune en forte croissance.
Une approche pragmatique pour relancer l’intégration
Face à ce diagnostic, la Côte d’Ivoire propose une feuille de route fondée sur des actions concrètes. L’objectif prioritaire consiste à achever la construction du marché commun ouest-africain, condition essentielle pour fluidifier les échanges et renforcer la compétitivité régionale.
La digitalisation des procédures douanières figure parmi les solutions envisagées. En simplifiant les formalités et en réduisant les délais, elle pourrait favoriser la circulation des biens le long de corridors stratégiques tels que les axes Abidjan-Lagos et Dakar-Bamako.
Le second pilier de la stratégie repose sur l’industrialisation. Les autorités estiment que la région dispose d’atouts significatifs dans plusieurs secteurs :
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l’agro-transformation, permettant de valoriser les produits locaux (cacao, anacarde, fruits tropicaux),
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le textile et l’habillement, susceptibles de répondre à une demande croissante,
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l’industrie pharmaceutique, essentielle pour renforcer l’autonomie sanitaire,
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et les énergies renouvelables, domaine stratégique dans la transition énergétique.
Pour accompagner cette transformation, la création d’un Cadre d’Incitations Communautaire est proposée. Ce dispositif viserait à harmoniser les politiques d’investissement et à attirer des capitaux susceptibles de soutenir l’industrialisation. Un Forum annuel des investisseurs pourrait également favoriser le dialogue entre États et acteurs économiques.
Un contexte international qui impose l’adaptation
Les débats d’Abidjan se déroulent dans un environnement mondial marqué par l’incertitude. Tensions commerciales, instabilités géopolitiques et effets du changement climatique affectent les économies émergentes et soulignent la nécessité de renforcer la résilience régionale.
Mohamed Ibn Chambas, responsable de la Task Force sur le Schéma de Libéralisation des Échanges, a rappelé la vision des fondateurs de la CEDEAO : bâtir une région capable de maîtriser son développement économique. Mais il a également souligné que les instruments existants doivent évoluer pour répondre aux réalités du XXIe siècle.
La diversification des économies, la modernisation des infrastructures et l’innovation apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité de l’Afrique de l’Ouest.
Le secteur privé appelle à des résultats mesurables
Les représentants du monde économique, dont la FEWACCI, insistent sur la nécessité de transformer les engagements politiques en actions concrètes. Avec près de 400 millions de consommateurs, la région dispose d’un marché intérieur considérable, encore insuffisamment exploité.
Pour le secteur privé, la réduction des coûts logistiques, la simplification des réglementations et l’harmonisation des normes sont des conditions indispensables à la croissance. L’objectif est de créer un environnement favorable à l’investissement et à la création d’emplois.
Vers une gouvernance économique modernisée
L’amélioration de la qualité des données économiques constitue un autre enjeu majeur. Le commerce informel, qui représente une part importante des échanges en Afrique de l’Ouest, doit être mieux pris en compte afin de refléter la réalité de l’activité régionale.
Les outils ECOTIS et ECO-ICBT sont présentés comme des solutions permettant de renforcer la collecte et l’analyse des données commerciales. Une statistique fiable constitue la base d’une planification économique efficace et d’une prise de décision éclairée.
Un tournant pour l’avenir de la CEDEAO
La réunion consultative d’Abidjan prépare le prochain Sommet sur l’avenir de la CEDEAO. Elle pourrait marquer une étape décisive si les propositions formulées se traduisent par des réformes effectives.
L’enjeu dépasse la simple modernisation institutionnelle. Il s’agit de renforcer la souveraineté économique de l’Afrique de l’Ouest, de stimuler la croissance et de créer des opportunités pour une population jeune et dynamique.
Dans un monde multipolaire, l’intégration régionale apparaît comme un atout stratégique. En unissant leurs forces, les États membres de la CEDEAO peuvent accroître leur poids économique et politique, tout en améliorant la résilience de leurs économies face aux chocs extérieurs.
Les travaux se poursuivent à Abidjan. Les décideurs ouest-africains disposent désormais d’une occasion historique : transformer les ambitions en résultats et bâtir une région plus intégrée, plus compétitive et mieux préparée aux défis du développement.
Lfl









