La dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) par le gouvernement ivoirien marque un tournant politique majeur. Mais pour le Forum des organisations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest – Côte d’Ivoire, cette décision ne sera réellement historique que si elle débouche sur une réforme électorale profonde, crédible et participative.
Dans son analyse, l’organisation ne se limite pas à saluer la disparition d’une institution contestée ; elle pose surtout la question centrale de l’après-CEI : quel modèle électoral la Côte d’Ivoire veut-elle désormais construire ?
Une dissolution qui répond à une crise de confiance ancienne
Depuis sa création en 2001, la CEI a occupé une place stratégique dans l’organisation des scrutins ivoiriens. Pourtant, son existence a été jalonnée de controverses récurrentes.
Au fil des années, plusieurs partis d’opposition, organisations citoyennes et défenseurs des droits humains ont dénoncé une institution jugée insuffisamment indépendante, régulièrement soupçonnée de déséquilibre politique et d’ingérences.
Les tensions autour des élections générales de 2025, marquées notamment par les débats sur la liste électorale et le boycott de certains partis, ont accentué cette fracture de confiance.
Pour le FOSCAO-CI, la dissolution apparaît donc comme la reconnaissance d’un problème structurel plus large : celui de la crédibilité du cadre électoral lui-même.
Le véritable enjeu : remplacer une institution ou refonder un système ?
L’organisation insiste sur un point essentiel : la suppression de la CEI ne garantit pas automatiquement une amélioration démocratique.
Le risque, selon cette lecture, serait de substituer une structure contestée par une autre sans corriger les mécanismes ayant nourri les critiques du passé.
C’est pourquoi le FOSCAO-CI réclame :
- un calendrier public clair,
- des consultations inclusives avec partis politiques et société civile,
- une méthodologie transparente,
- et une nouvelle commission réellement indépendante.
Cette exigence traduit une conviction forte : la légitimité d’une institution électorale dépend autant de son mode de conception que de sa composition.
Pourquoi le calendrier devient un enjeu politique
En demandant au gouvernement de rendre publique une feuille de route précise, le FOSCAO-CI souligne qu’en matière électorale, l’incertitude nourrit souvent la suspicion.
Un calendrier transparent permettrait :
- aux partis de se préparer,
- à la société civile de participer,
- aux partenaires techniques de contribuer,
- et aux citoyens de suivre le processus.
Autrement dit, la réforme électorale ne doit pas être seulement administrative ; elle doit être lisible et partagée.
La CEDEAO, acteur technique ou garant politique ?
Le FOSCAO-CI appelle également à l’accompagnement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, signe que l’organisation perçoit la réforme comme un enjeu régional de stabilité démocratique.
Dans une sous-région où les processus électoraux peuvent rapidement devenir des facteurs de crise, l’appui technique de la CEDEAO pourrait renforcer la crédibilité du futur dispositif.
Une réforme sous pression nationale et internationale
La future commission électorale devra répondre à une double exigence :
- Rassurer les acteurs politiques nationaux
- Consolider l’image démocratique de la Côte d’Ivoire sur la scène régionale et internationale
Le défi est donc immense : reconstruire la confiance sans reproduire les déséquilibres du passé.
Une transition décisive
Pour le FOSCAO-CI, la dissolution de la CEI n’est pas une victoire en soi, mais une opportunité fragile.
Si elle débouche sur une réforme inclusive, elle pourrait poser les bases d’une gouvernance électorale plus apaisée. Dans le cas contraire, elle risquerait d’alimenter de nouvelles contestations.
En somme, la Côte d’Ivoire entre dans une phase où la question n’est plus seulement de savoir qui organise les élections, mais comment reconstruire durablement la confiance autour du vote.
Roland Yobouet







