Lancement de l’ECO en 2027 : le PPA-CI met en garde contre une union monétaire « précipitée »

👁️ 7,774 vues

 

Le projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) continue d’alimenter le débat. Après l’annonce d’un lancement progressif de l’ECO à partir de 2027, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) estime que la sous-région ne dispose pas encore des fondements économiques et institutionnels nécessaires à la réussite d’une union monétaire.

Réunis le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, à l’occasion de leur 69ᵉ sommet ordinaire, les chefs d’État de la CEDEAO ont validé le principe d’un déploiement progressif de l’ECO avec les pays satisfaisant aux critères de convergence macroéconomique. Une décision présentée comme une avancée majeure dans un projet lancé il y a plusieurs décennies.

Pour Katinan Koné, cadre du PPA-CI et ancien ministre ivoirien du Budget, cette approche reste incomplète. Dans une analyse consacrée à la future monnaie régionale, il estime que la priorité devrait être la mise en place d’une monnaie commune destinée aux échanges entre les États membres avant toute adoption d’une monnaie unique.

Selon lui, les critères de convergence actuellement retenus ne suffisent pas à garantir la stabilité de l’ECO. Il considère que les économies de la sous-région demeurent trop hétérogènes et insuffisamment intégrées pour partager une même politique monétaire.

L’ancien ministre souligne notamment que les échanges commerciaux entre les pays de la CEDEAO restent limités, représentant moins de 15 % du commerce total de la région. Il relève également les déficits en infrastructures de transport, les obstacles aux échanges, la faiblesse de la mobilisation des recettes fiscales et la forte dépendance des économies ouest-africaines aux exportations de matières premières.

À ces difficultés s’ajoutent, selon lui, des structures économiques très différentes. Les États membres ne sont pas exposés aux mêmes risques économiques, ce qui rend indispensable la création de mécanismes régionaux de solidarité capables de faire face aux crises financières ou budgétaires.

Le responsable du PPA-CI rappelle qu’en 2023, un seul pays de la CEDEAO, le Cabo Verde, remplissait l’ensemble des critères de convergence de premier rang définis par l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), illustrant l’ampleur des efforts restant à accomplir.

Face à ce constat, le parti préconise la création d’une monnaie commune de règlement, qui coexisterait dans un premier temps avec les monnaies nationales. Cette unité servirait aux transactions régionales entre États, banques centrales et entreprises, tout en permettant de tester les mécanismes de compensation, d’harmoniser les règles financières et de renforcer progressivement l’intégration économique.

Katinan Koné revient également sur l’annonce faite en décembre 2019 concernant la transformation du franc CFA en ECO pour les pays de l’UEMOA. Selon lui, cette initiative a alimenté la méfiance de plusieurs États de la CEDEAO à l’égard du projet communautaire. Il s’interroge en outre sur le calendrier retenu pour 2027, tout en appelant à une gouvernance de la future monnaie entièrement placée sous le contrôle des États africains.

Pour le PPA-CI, la réussite de l’ECO dépendra moins d’une date de lancement que de la capacité des pays ouest-africains à construire un véritable marché commun, à renforcer leurs institutions économiques et à instaurer des mécanismes de solidarité capables d’assurer la stabilité de la future union monétaire. Selon le parti, une monnaie unique ne peut être durable que si elle s’appuie sur une intégration économique réelle et sur une gouvernance pleinement souveraine.

Roland Yobouet

  • Related Posts

    SIREXE 2026 : Abidjan veut transformer l’accueil des délégations en atout économique

    👁️ 4,942 vues  À l’approche de la deuxième édition du Salon international des ressources extractives et de l’énergie (SIREXE), prévue du 18 au 22 novembre au Parc des Expositions d’Abidjan,…

    Filière cacao : face à la colère des producteurs, l’OIA défend le dialogue et met en garde contre la grève

    👁️ 3,870 vues  La tension autour du prix du cacao annoncé pour la campagne 2026-2027 révèle un dilemme majeur pour la filière ivoirienne : comment défendre le revenu des producteurs…

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    You Missed

    Réforme électorale en Côte d’Ivoire : l’opposition cherche l’unité avant le dialogue avec le pouvoir

    • By Dina
    • septembre 10, 2026
    • 6 views
    Réforme électorale en Côte d’Ivoire : l’opposition cherche l’unité avant le dialogue avec le pouvoir

    Miss World 2026 : après le sacre de Fatima Koné, la Côte d’Ivoire mise sur ses ambassadrices

    • By Dina
    • septembre 10, 2026
    • 5 views
    Miss World 2026 : après le sacre de Fatima Koné, la Côte d’Ivoire mise sur ses ambassadrices

    Côte d’Ivoire : le calendrier de la révision de la liste électorale reste lié à la réforme électorale

    • By Dina
    • septembre 9, 2026
    • 8 views
    Côte d’Ivoire : le calendrier de la révision de la liste électorale reste lié à la réforme électorale

    SIREXE 2026 : Abidjan veut transformer l’accueil des délégations en atout économique

    • By Dina
    • septembre 9, 2026
    • 7 views
    SIREXE 2026 : Abidjan veut transformer l’accueil des délégations en atout économique

    Filière cacao : face à la colère des producteurs, l’OIA défend le dialogue et met en garde contre la grève

    • By Dina
    • septembre 9, 2026
    • 9 views
    Filière cacao : face à la colère des producteurs, l’OIA défend le dialogue et met en garde contre la grève

    Power & Electricity Expo 2026 : à Abidjan, l’Afrique cherche les solutions de son futur énergétique

    • By Dina
    • septembre 9, 2026
    • 7 views
    Power & Electricity Expo 2026 : à Abidjan, l’Afrique cherche les solutions de son futur énergétique