Affaire antiterroriste en Côte d’Ivoire : Aziz Thiam inculpé, la pression judiciaire s’étend au PDCI-RDA

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L’ancien ministre des Transports et vice-président du PDCI-RDA a été inculpé le vendredi 23 octobre 2026 et placé sous contrôle judiciaire. Visé par 17 chefs d’accusation, il rejoint une liste grandissante de responsables de l’opposition poursuivis dans le cadre de procédures conduites devant la section antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan. Cette évolution intervient alors que Tidjane Thiam réclame des garanties pour rentrer au pays sans être arrêté.

La procédure judiciaire visant plusieurs figures de l’opposition ivoirienne franchit une nouvelle étape avec l’inculpation d’Aziz Thiam. Ancien ministre des Transports et vice-président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), il a comparu le vendredi 23 octobre 2026 devant la section antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan, avant d’être placé sous contrôle judiciaire, selon une source judiciaire citée par Linfodrome.

Dix-sept chefs d’accusation sont retenus contre lui. Ils comprennent notamment des faits qualifiés d’actes terroristes, d’assassinat, de participation à un mouvement insurrectionnel, d’atteinte à la sûreté de l’État, d’organisation de manifestations interdites, de destruction de biens publics, de vol en réunion et de détention illégale d’armes.

La gravité des qualifications pénales contraste avec le statut procédural d’Aziz Thiam : une inculpation ne constitue pas une condamnation. La justice devra établir les faits reprochés, leur matérialité et l’éventuelle responsabilité de l’intéressé dans le respect des droits de la défense.

Une procédure qui touche plusieurs responsables de l’opposition

L’affaire dépasse désormais le seul cas d’Aziz Thiam. Ces dernières semaines, plusieurs responsables du PDCI-RDA et du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) ont été convoqués ou poursuivis devant la section antiterroriste.

Au PDCI-RDA, Georges-Philippe Ezaley, vice-président du parti, et Roger M’Bia, son directeur général, ont été auditionnés le 19 octobre avant d’être placés sous contrôle judiciaire. Selon des informations relayées par leur formation politique, 17 chefs d’accusation auraient également été retenus contre eux.

D’autres cadres, dont Alain Cocauthrey, directeur de cabinet de Tidjane Thiam, Dia Houphouët Augustin, Hervé Fian et Guillaume Kouakou, ont été cités dans le cadre de cette procédure.

Au PPA-CI, Sébastien Dano Djédjé, Emmanuel Ackah, Daniel Billaud Zéréhoué et Fabrice Lago, connu sous le pseudonyme de Steve Beko, ont été inculpés et placés sous contrôle judiciaire entre le 12 et le 23 octobre. Justin Koné Katinan avait, pour sa part, été placé sous mandat de dépôt en septembre.

La multiplication de ces procédures soulève un enjeu central pour l’État de droit : comment concilier la lutte contre les infractions portant atteinte à la sûreté de l’État avec la protection des libertés publiques et le droit de l’opposition à exercer ses activités politiques ? La réponse dépendra notamment des éléments présentés à l’appui des accusations, de l’individualisation des responsabilités et de la possibilité pour les personnes poursuivies de contester effectivement les charges retenues contre elles.

Le PDCI-RDA conteste toute assimilation à une organisation criminelle

Le PDCI-RDA a dénoncé les convocations de ses responsables et rejeté toute assimilation de ses activités à celles d’une organisation criminelle ou terroriste. Le parti affirme défendre une justice indépendante et impartiale.

Cette position politique ne préjuge pas de l’issue des procédures. Elle met toutefois en évidence la nécessité de clarifier publiquement, dans les limites permises par l’instruction, les faits précis imputés à chaque responsable. Lorsque des qualifications pénales particulièrement lourdes sont appliquées à plusieurs figures d’un même camp politique, la transparence procédurale et l’égalité de traitement deviennent des enjeux majeurs de confiance institutionnelle.

L’enjeu n’est donc pas seulement le nombre de personnalités concernées. Il porte également sur la nature des actes reprochés, les preuves disponibles et la distinction entre d’éventuelles infractions individuelles et l’exercice d’activités politiques collectives.

L’épisode de l’aéroport ressurgit dans le parcours d’Aziz Thiam

Le nom d’Aziz Thiam avait déjà été associé à un incident survenu à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny, dans la nuit du 7 au 8 mai 2025. Alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Paris, il avait été retenu pendant une vingtaine de minutes par des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST), avant d’être relâché.

Selon son entourage, les agents avaient ensuite évoqué une erreur d’identité. Aucun prolongement judiciaire de cet épisode n’est rapporté dans les informations disponibles. Cet incident doit donc être distingué de la procédure actuelle, dont les fondements doivent être appréciés à partir des charges aujourd’hui notifiées.

Tidjane Thiam demande des garanties pour rentrer au pays

L’inculpation de son frère intervient dans un contexte particulièrement sensible pour Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA. Celui-ci réclame des garanties afin de pouvoir rentrer en Côte d’Ivoire sans craindre une arrestation.

La situation pose une question politique et judiciaire distincte : les conditions d’un retour au pays peuvent-elles être clarifiées de manière à permettre à l’intéressé de connaître sa situation juridique et, le cas échéant, de répondre aux autorités dans le cadre légal ?

À mesure que les procédures touchent de nouveaux responsables de l’opposition, leur conduite et leur issue pèseront sur la perception de l’indépendance de la justice et sur le climat politique. Mais aucune conclusion définitive ne peut être tirée de la seule succession des inculpations : ce sont les faits établis, les garanties offertes aux personnes poursuivies et les décisions rendues par les juridictions qui permettront d’apprécier chaque dossier.

Ljp

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