À quatre jours de la présidentielle ivoirienne, Daloa s’est réveillée ce mardi 21 octobre sous un ciel de gaz lacrymogène. Dans plusieurs quartiers de la ville, des affrontements ont opposé des groupes de jeunes manifestants aux forces de l’ordre, sur fond de contestation du quatrième mandat d’Alassane Ouattara.
Selon plusieurs témoins, les protestataires, pour la plupart des jeunes, affirment avoir voulu organiser une marche pacifique pour dénoncer « l’injustice électorale » et le verrouillage du processus politique. Mais la situation a dégénéré lorsque la police et la gendarmerie ont tenté de disperser la foule. « Ils lançaient des lacrymogènes partout, même près des écoles ! », raconte, la voix tremblante, une habitante du quartier Sapia. Des vidéos circulant sur les réseaux montrent des rues noyées de fumée, des élèves paniqués, et des groupes scandant « Non au 4e mandat ! ».
Les forces de l’ordre, massivement déployées, ont utilisé des grenades lacrymogènes pour contenir les attroupements. Aucun mort n’a été signalé pour l’instant, mais les tensions restent palpables. Ces nouveaux heurts interviennent après plusieurs épisodes violents dans le pays : un manifestant est décédé à Daloa la semaine dernière après son arrestation, tandis que l’opposition évoque au moins trois morts depuis le 11 octobre, dont un nourrisson.
La contestation grandit depuis que le Conseil constitutionnel a validé la candidature d’Alassane Ouattara, 83 ans, pour un quatrième mandat, tout en rejetant celles de plusieurs figures majeures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan. Pour leurs partisans, cette décision « viole l’esprit de la Constitution de 2016 », qui limite à deux mandats présidentiels.
À travers le pays, des manifestations similaires ont été signalées à Agboville, Yamoussoukro et Ouragahio, où des routes ont été bloquées par des pneus en feu avant l’intervention des CRS. Le gouvernement a confirmé la mort du sous-lieutenant de gendarmerie Daniogo Klenon Lassina, tué par balles à Agboville lors d’une opération de maintien de l’ordre.
Le Front commun PPA-CI–PDCI, né du rapprochement des deux principales formations d’opposition, appelle à poursuivre les mobilisations « pour la démocratie, la justice et la paix ». Mais le pouvoir a interdit toute manifestation contestant les décisions du Conseil constitutionnel, invoquant le risque de « troubles à l’ordre public ».
Dans ce climat explosif, la tension monte à mesure que s’approche le scrutin du 25 octobre. Cinq candidats restent en lice, dont le président sortant. Le gouvernement appelle « au calme et à la responsabilité », mais dans les rues de Daloa, la colère gronde encore.
« On veut la paix, mais on veut aussi la justice », souffle une mère de famille croisée à Lobia, les yeux rougis par la fumée. Un vœu simple, mais qui résume toute la fatigue d’un pays en quête d’apaisement avant l’heure des urnes.
Lfl







