La capitale économique ivoirienne subit de plus en plus de coupures électriques, révélant les limites d’un réseau dépassé par l’urbanisation et l’essor industriel. Analyse d’une crise énergétique structurelle.
Depuis janvier 2026, les Abidjanais connaissent des délestages récurrents qui affectent à la fois les foyers et les entreprises. La Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) évoque une « crise de croissance » : le réseau n’arrive plus à suivre le rythme imposé par l’explosion démographique et l’urbanisation rapide.
Abidjan concentre l’essentiel de la demande nationale. Entre les six zones industrielles, les chantiers urbains et l’augmentation du nombre d’abonnés – passé de 1 à 5 millions en vingt ans –, le réseau est saturé. En février, CI-Énergies a enregistré une hausse de consommation de 14 %, exacerbée par la chaleur et l’usage intensif des appareils électriques.
Malgré plus de 15 milliards d’euros investis entre 2011 et 2025 pour doubler la capacité de production à 3 200 MW, la ville est encore loin de l’objectif de 4 000 MW. Les 74 700 kilomètres de lignes électriques déployés peinent à répondre à une demande croissante et de plus en plus concentrée dans la capitale.
La dépendance au thermique et à l’hydraulique freine également la résilience du système. Les énergies renouvelables, censées représenter 45 % du mix, n’atteignent aujourd’hui que 10 %. Par ailleurs, le secteur reste rattaché au ministère des Mines et du Pétrole, limitant sa capacité à gérer de manière autonome et réactive les crises et la planification des investissements.
Abidjan illustre le paradoxe ivoirien : démocratiser l’accès à l’électricité tout en exposant le réseau à ses limites. Notamment, pour éviter que ces interruptions ne deviennent structurelles, experts et acteurs du secteur appellent à une réforme profonde. A savoir: diversification des sources, renforcement des infrastructures et gouvernance dédiée à l’énergie. Le temps presse pour que la capitale puisse concilier croissance urbaine et continuité énergétique.
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