La Bibliothèque nationale du Plateau a servi de cadre, ce vendredi 1er mai 2026, à une importante mobilisation des travailleurs membres de la Centrale syndicale Humanisme, à l’occasion de la Journée internationale du travail. Une rencontre marquée par une forte affluence et des prises de position fermes sur l’évolution du monde du travail en Côte d’Ivoire.
Face aux militants réunis en grand nombre, le secrétaire général de la centrale, Mamadou Soro, a livré un discours offensif, combinant satisfaction partielle des acquis sociaux et dénonciation de plusieurs insuffisances dans les politiques de l’emploi et de la protection des travailleurs.
Biologie médicale : un projet de loi vivement contesté
Le principal point de friction concerne le projet de loi sur la biologie médicale. Mamadou Soro a fermement critiqué certaines dispositions du texte, notamment les articles 1, 9 et 27, qui excluraient les techniciens et ingénieurs de la possibilité d’ouvrir des laboratoires.
Pour la Centrale Humanisme, cette orientation est jugée inadaptée à la réalité du terrain, alors que ces catégories représenteraient la majorité des professionnels du secteur. Le syndicat appelle donc à une révision urgente du projet de loi en discussion.
Salubrité publique : inquiétudes sur les emplois et l’hygiène urbaine
Autre sujet de préoccupation majeur, la gestion de la salubrité dans plusieurs villes du pays. Le non-renouvellement de certains contrats d’entreprises spécialisées suscite des inquiétudes à la fois sociales et sanitaires.
Selon Mamadou Soro, cette situation entraîne une accumulation visible de déchets dans certaines communes et menace directement des milliers d’emplois, aggravant la précarité dans le secteur.
Port et dockers : une réforme toujours attendue
La Centrale Humanisme a également dénoncé le retard dans l’application de l’article 20 du décret de 2019 portant statut des dockers.
Malgré les engagements annoncés, la gestion tripartite de la main-d’œuvre portuaire (État, dockers et entreprises de manutention) reste, selon le syndicat, largement inachevée, près de sept ans après la réforme.
Travailleurs domestiques et économie informelle : des urgences sociales
Le syndicat a par ailleurs plaidé pour une meilleure structuration du travail domestique, avec la mise en place d’une grille salariale et d’un plan de carrière afin de renforcer la protection sociale de ces travailleurs.
Dans le même sens, la Centrale Humanisme appelle à une accélération de la formalisation de l’économie informelle, estimée à environ 50 % du PIB, afin d’améliorer la couverture sociale et fiscale des travailleurs.
Des avancées sociales saluées par la centrale
Malgré ces revendications, Mamadou Soro a reconnu plusieurs progrès issus du dialogue social avec les autorités. Il a notamment salué : l’amélioration progressive de la prime spéciale, la revalorisation des pensions de retraite dans les secteurs public et privé, et la mise en place du Régime social des travailleurs indépendants (RSTI), qui étend la couverture sociale à une large part des travailleurs de l’informel.
Le gouvernement appelle à la concertation
Représentant le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Isabelle Boni a salué l’approche jugée responsable de la centrale syndicale, tout en insistant sur la nécessité de préserver la paix sociale.
Elle a toutefois mis en garde contre les conséquences économiques des tensions sociales et des mouvements de grève.
« En criant, en faisant du bruit ou en parlant de grève, notre économie prend un coup et personne ne nous écoute », a-t-elle déclaré, appelant à privilégier le dialogue et la négociation.
Un 1er Mai entre revendications et recherche d’équilibre
Cette célébration du 1er mai 2026 met en lumière un paysage social en pleine évolution, où les avancées enregistrées coexistent avec des attentes fortes des travailleurs.
Entre revendications syndicales et appel au dialogue, les différents acteurs sont invités à renforcer les mécanismes de concertation afin de consolider la stabilité sociale et améliorer durablement les conditions de travail en Côte d’Ivoire.
Dina Light







