Abidjan devient, le temps de quelques jours, l’un des carrefours majeurs de l’art contemporain africain. La Rotonde des Arts Contemporains, au Plateau, accueille jusqu’au 31 mai 2026 l’exposition itinérante « AfriConnections », une initiative culturelle panafricaine qui met en lumière la richesse, la diversité et les nouvelles dynamiques de la création artistique africaine.
Le vernissage de cette exposition, organisé mardi 20 mai, a rassemblé un public composé d’artistes, de diplomates, de collectionneurs, de critiques d’art et d’amateurs de culture venus découvrir des œuvres mêlant photographie, peinture, broderie et installations contemporaines.
Porté par la Fondation Maroc Premium en partenariat avec Brussels Airlines, le projet ambitionne de créer un véritable dialogue artistique entre plusieurs capitales africaines avant une arrivée en Europe.
Une Afrique contemporaine racontée par ses artistes
À travers les créations de quinze artistes venus de différentes scènes africaines, « AfriConnections » propose une immersion dans les réalités contemporaines du continent.
Les œuvres exposées abordent des thèmes variés tels que l’identité, la mémoire, les mutations sociales, les traditions, les inégalités ou encore les aspirations de la jeunesse africaine.
L’exposition donne ainsi à voir une Afrique moderne, plurielle et créative, loin des représentations réductrices souvent véhiculées à l’international.
Parmi les artistes mis en avant figure notamment Johanna Schumani, dont le travail associant photographie et broderie autour des scènes de vie quotidienne a particulièrement retenu l’attention du public.
Yacouba Konaté appelle à renforcer les circuits artistiques africains
Prenant la parole lors du vernissage, Yacouba Konaté, directeur de la Rotonde des Arts Contemporains, a insisté sur l’importance de développer les échanges culturels entre pays africains.
Selon lui, la reconnaissance internationale des artistes africains progresse rapidement, mais les œuvres circulent encore insuffisamment à l’intérieur même du continent.
Le spécialiste ivoirien estime que l’avenir du marché de l’art africain passe par la création de réseaux solides de diffusion, capables de rapprocher artistes, institutions culturelles et publics africains.
Une tournée artistique pensée pour l’Afrique
Pour Michèle Desmottes, commissaire de l’exposition, « AfriConnections » répond à une nécessité culturelle devenue urgente : permettre aux œuvres africaines d’être vues d’abord par les Africains eux-mêmes.
« Les artistes africains bénéficient aujourd’hui d’une visibilité internationale croissante, mais leurs œuvres voyagent encore très peu entre les pays africains », a-t-elle expliqué.
Après Kinshasa et Abidjan, la tournée poursuivra son parcours à Yaoundé et Dakar avant de rejoindre Bruxelles, où l’exposition sera accueillie dans plusieurs espaces culturels majeurs.
Construire une mémoire artistique africaine
Même vision défendue par Mostapha Romli, qui plaide pour une meilleure conservation des œuvres africaines sur le continent.
Selon lui, de nombreux chefs-d’œuvre quittent rapidement l’Afrique pour rejoindre des collections privées ou des galeries européennes, limitant l’accès des populations africaines à leur propre patrimoine artistique contemporain.
Il estime que la constitution de collections africaines est essentielle pour bâtir une véritable mémoire culturelle et transmettre les créations actuelles aux générations futures.
Un projet culturel aux ambitions internationales
Au-delà de sa dimension artistique, « AfriConnections » se veut également un espace de rencontres, de dialogue et de circulation des idées entre l’Afrique et l’Europe.
L’initiative entend contribuer à repositionner les capitales africaines comme des pôles majeurs de création et de diffusion culturelle.
Avec cette étape abidjanaise, l’exposition confirme surtout la montée en puissance d’une nouvelle génération d’acteurs culturels africains décidés à faire circuler l’art africain sur le continent avant son rayonnement international.
Dina Light








