Ancien compagnon de lutte de Laurent Gbagbo, figure des premières années du Front populaire ivoirien, puis acteur de la rébellion de 2002 et membre de gouvernements successifs, Louis-André Dacoury-Tabley est décédé le samedi 17 octobre 2026 à Abidjan. Son parcours, marqué par de profonds changements d’alliances, épouse plusieurs des grandes fractures politiques de la Côte d’Ivoire contemporaine.
La classe politique ivoirienne perd l’un de ses acteurs historiques. Louis-André Dacoury-Tabley est décédé samedi 17 octobre 2026 à Abidjan, à l’âge de 81 ans, des suites d’une longue maladie, selon les informations communiquées sur sa disparition. Il était pris en charge à la Polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM).
Son nom reste associé à plusieurs séquences déterminantes de l’histoire politique nationale, depuis la lutte pour le multipartisme jusqu’à la crise politico-militaire ouverte en septembre 2002, en passant par ses fonctions au sein de l’État.
Des années de lutte au sein du FPI
Louis-André Dacoury-Tabley a participé aux premières années du mouvement qui donnera naissance au Front populaire ivoirien (FPI), aux côtés de Laurent Gbagbo et d’autres figures de l’opposition. À une époque où le pluralisme politique n’était pas encore pleinement établi, il prend part au combat contre le parti unique et s’impose progressivement dans les structures du mouvement.
Son parcours au FPI est toutefois marqué par une rupture. En 2002, dans le contexte de l’insurrection armée qui éclate le 19 septembre, il rejoint le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), principal mouvement de la rébellion. Ce choix constitue un tournant majeur pour celui qui avait longtemps évolué dans l’entourage politique de Laurent Gbagbo.
La crise ouvre ensuite une nouvelle étape de son parcours. Il prend part aux dynamiques de négociation politique qui conduisent notamment aux accords de Ouagadougou de 2007, destinés à favoriser la sortie de crise.
Du gouvernement Gbagbo à celui d’Ouattara
Après son engagement dans le processus de sortie de crise, Dacoury-Tabley accède à des responsabilités gouvernementales. Il est nommé ministre de la Solidarité et des Victimes de guerre sous la présidence de Laurent Gbagbo, dans le contexte de la crise ivoirienne.
Il rejoint ensuite le gouvernement d’Alassane Ouattara comme ministre des Eaux et Forêts, fonction qu’il exerce de janvier 2016 à janvier 2017. Son itinéraire le conduit également à des responsabilités territoriales, notamment comme ministre-gouverneur du district autonome du Gôh-Djiboua.
Cette succession de fonctions illustre les recompositions politiques qui ont accompagné les efforts de sortie de crise et de réorganisation du pouvoir en Côte d’Ivoire.
Une page de la vie politique ivoirienne se tourne
Le parcours de Louis-André Dacoury-Tabley ne se résume pas à une seule appartenance politique. Il témoigne des alliances, des ruptures et des repositionnements qui ont marqué plusieurs décennies de la vie publique ivoirienne.
Sa disparition intervient alors que son nom demeure lié à des moments parfois contradictoires de cette histoire : la lutte pour le pluralisme, la rébellion armée, les négociations de paix et l’exercice de responsabilités gouvernementales sous deux présidents différents.
À 81 ans, l’ancien ministre laisse derrière lui un itinéraire politique singulier, dont l’héritage continuera de nourrir la mémoire et l’analyse de l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire.
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