Les conséquences du changement climatique sur la santé ont occupé une place importante dans les discussions du sommet mondial de la santé à Berlin. Entre les risques liés à la transmission du paludisme, la fragilisation des infrastructures sanitaires et les difficultés d’accès aux soins, les échanges ont mis en lumière une question essentielle : les États investissent-ils suffisamment dans la prévention pour protéger les populations face aux crises climatiques ?
Quand les dérèglements climatiques fragilisent les systèmes de santé
Dans les pays où le paludisme demeure endémique, les variations de température et de précipitations peuvent modifier la répartition des moustiques vecteurs et les conditions de transmission de la maladie. À ces risques s’ajoutent les conséquences directes des inondations, des sécheresses et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes.
Les routes peuvent devenir impraticables, les centres de santé subir des dommages et les campagnes de prévention être interrompues. Pour les populations les plus exposées, ces perturbations peuvent retarder le diagnostic et compliquer l’accès aux traitements.
Cette réalité pose un défi aux politiques publiques : les systèmes sanitaires doivent non seulement répondre aux maladies, mais aussi anticiper les conséquences des événements climatiques susceptibles de perturber leurs activités.
Le Dr Mark Kurt Nawaane plaide pour un changement de stratégie
La question a été abordée lors d’une table ronde consacrée au financement de l’innovation pour des systèmes de santé résilients face au changement climatique. Organisée par Grand Challenges Canada, Global Health Advocates, Results Canada, WACI Health et ISA, la rencontre s’est tenue au Wellcome Trust, à Berlin.
Le Dr Mark Kurt Nawaane y a décrit les difficultés rencontrées par certaines communautés au Ghana, notamment face aux inondations, à la sécheresse et aux dégâts causés aux infrastructures.
Son intervention a mis l’accent sur la nécessité de privilégier les investissements préventifs plutôt que de consacrer l’essentiel des ressources à la gestion des urgences. Cette approche suppose de préparer les infrastructures, de sécuriser la continuité des services et d’intégrer les risques climatiques dans la planification sanitaire.
Les budgets de santé au cœur du débat
La résilience climatique ne dépend pas uniquement de la disponibilité de médicaments ou de la capacité à organiser des campagnes sanitaires. Elle nécessite également des financements durables, une planification adaptée et des infrastructures capables de fonctionner pendant les crises.
La participation de COPEMA aux discussions a notamment souligné le rôle que peuvent jouer les parlementaires dans l’intégration de ces priorités aux budgets de santé, aux textes législatifs et aux stratégies nationales de développement.
L’enjeu est de faire de la prévention climatique une composante des politiques sanitaires, plutôt qu’une dépense secondaire mobilisée uniquement après une catastrophe.
Innovation médicale : encore faut-il atteindre les patients
La délégation a également participé à une discussion de haut niveau organisée par MMV sur la contribution des partenariats de développement de produits à la mise à disposition de nouveaux outils contre les maladies négligées.
Les échanges ont rappelé que l’innovation ne suffit pas si les traitements et les outils médicaux ne parviennent pas aux populations qui en ont besoin. Des politiques adaptées, des procédures réglementaires appropriées et des financements suffisants restent nécessaires pour transformer les avancées scientifiques en bénéfices sanitaires concrets.
Par ailleurs, ISA, Global Health Advocates et Results UK ont organisé, le 13 octobre, une rencontre de la société civile intitulée « Du G7 au G20 : garder la santé mondiale à l’ordre du jour ». Les participants ont examiné les moyens de maintenir les priorités sanitaires dans le plaidoyer international en préparation du cycle G20/C20 de 2027.
Une responsabilité qui dépasse la seule réponse aux épidémies
Les discussions de Berlin mettent en évidence une exigence : les politiques de santé doivent anticiper les risques climatiques au lieu de se limiter à réparer leurs conséquences.
Pour les pays confrontés au paludisme et à des infrastructures vulnérables, la capacité à financer la prévention, à préserver l’accès aux soins et à soutenir l’innovation constitue un enjeu stratégique. La question demeure celle de la traduction de ces orientations en budgets et en mesures concrètes, afin que les populations les plus exposées ne supportent pas seules le coût sanitaire du dérèglement climatique.
Roland Yobouet







