Côte d’Ivoire : Guillaume Soro agite le spectre d’une dissolution du PPA-CI et interpelle Ouattara

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La multiplication des poursuites visant des responsables du PPA-CI et du PDCI-RDA nourrit de nouvelles interrogations sur l’avenir de l’opposition ivoirienne. Dans une publication relayée sur la page Facebook de Guillaume Soro, son collaborateur Moussa Touré s’interroge sur les intentions du pouvoir à l’égard du parti de Laurent Gbagbo et évoque l’hypothèse d’une dissolution. Aucune annonce officielle en ce sens n’a toutefois été rapportée.

Le débat politique ivoirien se déplace désormais sur le terrain de l’avenir institutionnel du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Alors que plusieurs de ses responsables sont poursuivis devant la section antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan, Guillaume Soro, par l’intermédiaire d’un texte signé Moussa Touré et publié sur sa page Facebook, pose une question lourde de conséquences : ces procédures pourraient-elles déboucher sur une dissolution de la formation fondée par Laurent Gbagbo ?

« Depuis janvier 2026, une mécanique silencieuse, mais implacable, est à l’œuvre contre le PPA-CI », écrit Moussa Touré. L’auteur s’appuie sur les arrestations, les inculpations et les placements sous contrôle judiciaire de plusieurs responsables du parti pour avancer son analyse. Il établit également un parallèle avec le mouvement Générations et Peuples solidaires (GPS), associé à Guillaume Soro, dont il rappelle la dissolution.

Cette lecture relève de l’interprétation politique de Moussa Touré. Les procédures judiciaires en cours ne constituent pas, à elles seules, la preuve d’un projet de dissolution du PPA-CI. Mais leur accumulation place la question de la place de l’opposition dans le jeu politique au centre du débat.

PPA-CI : les poursuites se rapprochent de la direction

Les procédures ont concerné plusieurs responsables de premier plan. Justin Koné Katinan, vice-président du PPA-CI, a été placé sous mandat de dépôt en septembre. Sébastien Dano Djédjé, président du Conseil stratégique et politique, a été inculpé et placé sous contrôle judiciaire le 12 octobre.

Daniel Billaud Zéréhoué, secrétaire général adjoint, Emmanuel Ackah, directeur de cabinet de Laurent Gbagbo, et Fabrice Lago, dit Steve Beko, ont également comparu devant la section antiterroriste entre le 15 et le 23 octobre. Ils ont été inculpés et placés sous contrôle judiciaire.

Le PDCI-RDA est lui aussi concerné. Georges-Philippe Ezaley, vice-président, et Roger M’Bia, directeur général du parti, ont été auditionnés le 19 octobre puis placés sous contrôle judiciaire. Le 23 octobre, Aziz Thiam, ancien ministre des Transports et vice-président du PDCI-RDA, a été inculpé pour 17 chefs d’accusation, dont des actes terroristes, l’assassinat et la participation à un mouvement insurrectionnel, selon les informations rapportées par Linfodrome.

Cette succession de procédures donne du poids au constat d’une pression judiciaire touchant plusieurs figures de l’opposition. Elle ne permet cependant pas de confondre les dossiers ni de préjuger de la culpabilité des personnes mises en cause. La question centrale reste celle des faits reprochés à chacun, des preuves présentées et des garanties accordées à la défense.

« Dissolution du PPA-CI » : l’hypothèse de Moussa Touré

C’est dans ce contexte que Moussa Touré formule son interrogation sur les intentions du président Alassane Ouattara. « Alassane Ouattara veut-il la dissolution du PPA-CI pour ouvrir un boulevard présidentiel à son frère Téné Birahima Ouattara ? », écrit-il.

La formulation associe deux hypothèses politiques : une éventuelle disparition du PPA-CI et un avantage électoral qui pourrait en découler pour un autre acteur politique. À ce stade, rien dans les éléments présentés ne permet d’établir que le chef de l’État préparerait une telle initiative, ni qu’un projet de dissolution serait motivé par la perspective évoquée par l’auteur.

L’intérêt de cette déclaration réside plutôt dans les questions qu’elle soulève sur la compétition politique : quelle place les principaux partis d’opposition pourront-ils conserver dans les prochaines échéances ? Comment les poursuites judiciaires seront-elles perçues par leurs militants et par l’opinion ? Et quelles garanties permettront de distinguer l’action légitime de la justice d’une éventuelle instrumentalisation politique alléguée par des opposants ?

Ces questions exigent des faits vérifiables et des réponses institutionnelles, plutôt que des conclusions tirées de la seule proximité temporelle entre plusieurs procédures.

Les violences d’octobre 2025 au cœur du contexte judiciaire

Les procédures interviennent après les violences survenues autour de l’élection présidentielle d’octobre 2025. En septembre, le procureur de la République, Koné Braman Oumar, avait annoncé que les responsabilités liées à ces événements seraient recherchées. Début octobre, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, avait également évoqué la recherche de personnes soupçonnées d’avoir incité les auteurs matériels des violences.

Ces déclarations constituent le contexte officiel avancé pour les investigations. Elles ne dispensent toutefois pas d’établir, dans chaque dossier, les actes imputés aux personnes poursuivies et leur éventuelle responsabilité.

La distinction est importante : enquêter sur des violences et engager des poursuites peut relever des missions de la justice, tandis que la dissolution d’un parti politique constitue une question juridique distincte, soumise à des conditions et à une procédure spécifiques.

Une dissolution qui ne peut être déduite des seules inculpations

Fondé le 17 octobre 2021 après le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, le PPA-CI se revendique de la gauche panafricaniste et souverainiste. Après le rejet de la candidature de son président à la présidentielle d’octobre 2025, le parti a boycotté les législatives de décembre de la même année. Il dénonce depuis les poursuites visant plusieurs de ses cadres, réclame un dialogue politique inclusif et demande la libération de personnes qu’il considère comme des détenus politiques.

L’article 26 de la loi n° 93-668 du 9 août 1993 relative aux partis et groupements politiques prévoit une procédure judiciaire de dissolution en cas de violation de cette loi. Les poursuites individuelles en cours ne suffisent donc pas à établir qu’une telle procédure est engagée ou envisagée contre le PPA-CI.

Au-delà de la polémique lancée par Moussa Touré, l’enjeu est désormais double : la justice devra établir les responsabilités liées aux faits poursuivis, tandis que les autorités et les partis politiques restent confrontés à une question fondamentale pour la vie démocratique, celle des conditions dans lesquelles l’opposition peut exercer ses activités et participer à la compétition politique.

Lfl

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