La date du 2 avril 2026 marque officiellement la fin du mandat de Mohamed Bazoum. Mais cette échéance, loin de traduire une alternance ou une transition institutionnelle, consacre une rupture profonde entre légalité constitutionnelle et réalité du pouvoir. Une temporalité institutionnelle déconnectée du réel
Élu en 2021 dans la continuité démocratique amorcée par Mahamadou Issoufou, Mohamed Bazoum a vu son mandat interrompu par le Coup d’État au Niger de 2023. Depuis le 26 juillet 2023, il est détenu à Niamey sans jugement. Dès lors, son mandat s’est poursuivi dans une forme abstraite, réduite à une existence juridique sans traduction politique. La fin constitutionnelle de ce mandat entérine ainsi une présidence inachevée, privée de ses attributs essentiels.
La consolidation d’un pouvoir militaire durable
Le général Abdourahamane Tiani et les autorités de transition ont progressivement installé un nouvel ordre politique, fondé sur le contrôle sécuritaire et la marginalisation des contre-pouvoirs. Loin d’un simple intérim, la transition s’apparente désormais à une recomposition durable : concentration du pouvoir exécutif, effacement des partis politiques et absence de visibilité sur un retour à l’ordre constitutionnel. Cette évolution traduit un basculement du système politique nigérien vers un modèle dominé par les forces armées.
Une souveraineté opposée aux injonctions extérieures
Les appels à la libération de Mohamed Bazoum se sont multipliés, portés par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine, l’Organisation des Nations unies ou encore le Parlement européen.
Toutefois, ces pressions ont été systématiquement rejetées par les autorités nigériennes, qui les interprètent comme des tentatives d’ingérence. Cette posture a contribué à rigidifier les positions et à prolonger l’impasse.
Un détenu au cœur d’une équation politique insoluble
La situation de Mohamed Bazoum illustre une contradiction majeure : sa libération fragiliserait la légitimité de la junte, sa détention prolonge une crise de légitimité et d’image. Il devient ainsi à la fois un symbole de continuité constitutionnelle et un instrument de stabilisation du pouvoir militaire. Cette dualité rend toute issue immédiate peu probable.
Une transition confrontée à ses propres limites
Sur le terrain, les résultats attendus du changement de régime tardent à se matérialiser. La situation sécuritaire reste préoccupante, notamment dans les zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso.
Sur le plan économique, les effets des sanctions et de l’isolement diplomatique continuent de peser, malgré des tentatives de repositionnement stratégique.
Entre droit constitutionnel et logique de puissance
Les avocats de Bazoum défendent l’idée d’un mandat suspendu, susceptible de reprendre en cas de retour à l’ordre constitutionnel. Mais cette lecture juridique se heurte à une réalité dominée par le rapport de force. La fin du mandat, en ce sens, ne constitue pas une résolution mais un point de bascule : elle clôt une légitimité formelle, sans ouvrir de perspective politique claire
Une séquence emblématique des recompositions sahéliennes
Le cas nigérien s’inscrit dans une dynamique régionale marquée par la répétition des coups d’État, notamment en Guinée. Ces ruptures traduisent une fragilisation des modèles démocratiques et une montée des régimes d’exception.
Selon des observateur, la fin du mandat de Mohamed Bazoum ne marque pas une transition, mais cristallise une crise : celle d’un État où la légalité institutionnelle reste suspendue à l’équilibre incertain entre pouvoir militaire, pressions internationales et aspirations démocratiques.
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