Le procès de Mohamed Youssouf Bathily, dit « Ras Bath », et de l’activiste Rokia Doumbia s’est achevé mardi devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako avec de lourdes réquisitions du ministère public. Le parquet a demandé dix ans de prison ferme contre le chroniqueur et dix ans, dont cinq avec sursis, contre Rokia Doumbia. Le verdict est attendu le 25 août.
Le ministère public a également requis une amende de 240 000 FCFA pour chacun des deux accusés, poursuivis pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État à travers les technologies de l’information et de la communication ».
Après deux jours d’audience, les débats se sont achevés avec les plaidoiries de la défense. Les réquisitions du parquet ne constituent pas une décision définitive : la Cour peut suivre les demandes du ministère public, les revoir à la baisse ou prononcer une autre décision.
L’affaire de la « vie chère » au cœur des débats
Les poursuites portent notamment sur une émission de Ras Bath au cours de laquelle Rokia Doumbia avait dénoncé la hausse des prix des produits de première nécessité. L’accusation estime que certaines déclarations, ensuite relayées sur les réseaux sociaux, étaient susceptibles de porter atteinte à l’image des autorités de la Transition et de provoquer des troubles.
À la barre, Ras Bath a reconnu certaines de ses déclarations, tout en rejetant les accusations d’entente criminelle. Il a expliqué que ses échanges avec Rokia Doumbia visaient principalement à attirer l’attention des autorités sur les difficultés économiques rencontrées par la population.
Rokia Doumbia a défendu la même ligne. Se présentant comme une commerçante, elle a expliqué avoir effectué des relevés de prix dans différents marchés de Bamako avant ses interventions publiques.
Les avocats de la défense ont, pour leur part, contesté la matérialité de l’association de malfaiteurs et dénoncé plusieurs éléments de la procédure, notamment l’utilisation de messages attribués à Rokia Doumbia pendant sa détention.
Plus de trois ans derrière les barreaux
Les deux prévenus sont détenus depuis mars 2023 dans le cadre de procédures successives. Ras Bath avait notamment été poursuivi pour ses déclarations concernant le décès en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.
Rokia Doumbia avait, de son côté, été condamnée en première instance après des publications dénonçant notamment la vie chère et les difficultés d’accès à certains services, avant d’être relaxée en appel dans cette procédure.
Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture, ont demandé leur libération.
En attendant la décision de la Cour d’appel, Ras Bath et Rokia Doumbia restent détenus. Le prochain rendez-vous judiciaire est fixé au 25 août 2026.
Lfl







