Réforme électorale en Côte d’Ivoire : pourquoi le RHDP doute de l’utilité d’un dialogue politique

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Au lendemain de nouvelles consultations sur la mise en place d’un nouvel organe électoral, le RHDP affiche ses réserves face à la demande de dialogue politique portée par l’opposition. Reçu le 15 octobre 2026 par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Cissé Bacongo défend une démarche institutionnelle et invoque les limites de l’expérience électorale de 2000. Une position qui pose la question de la méthode à privilégier pour restaurer la confiance entre les acteurs politiques.

La réforme de l’organe chargé d’organiser les élections en Côte d’Ivoire se joue aussi sur le terrain de la méthode. Faut-il réunir les partis politiques autour d’une table pour négocier les contours de la future institution ou laisser le gouvernement centraliser les propositions avant de soumettre un projet de loi au Parlement ? Pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la seconde option mérite d’être privilégiée.

C’est le message porté par Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du parti présidentiel, à l’issue de sa rencontre avec le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le 15 octobre 2026. Cette audience s’inscrit dans les consultations engagées autour du futur dispositif électoral, alors que l’opposition réclame un dialogue politique pour rapprocher les positions.

Le RHDP ne ferme pas officiellement la porte à cette perspective. Il en conteste plutôt la nécessité immédiate. « Il ne s’agit pas de refuser le dialogue, mais de se demander quelle est son opportunité », résume Cissé Bacongo, qui invite les acteurs politiques à s’interroger sur les objectifs concrets d’une nouvelle concertation.

Trois réunions internes, des propositions gardées confidentielles

Le parti au pouvoir affirme ne pas avoir abordé cette réforme sans préparation. Selon son secrétaire exécutif, trois réunions internes, dont des travaux au sein du comité de direction, ont permis de réfléchir aux caractéristiques attendues du nouvel organe électoral.

Trois exigences ressortent de cette réflexion : la crédibilité de l’institution, son inclusivité et la confiance qu’elle devra inspirer. Cissé Bacongo n’a cependant pas souhaité communiquer le détail des propositions du RHDP, expliquant qu’elles étaient destinées au gouvernement.

Cette réserve s’inscrit dans la logique défendue par le parti : chaque formation politique formule ses recommandations, puis l’exécutif procède aux arbitrages nécessaires. Le RHDP assure que sa démarche ne lui confère aucun privilège par rapport aux autres acteurs consultés.

Cissé Bacongo insiste également sur la nécessité de distinguer le parti présidentiel du gouvernement. Le premier, explique-t-il, exerce une activité politique et formule des propositions ; le second gouverne et assume la responsabilité des décisions publiques. Une distinction destinée à répondre aux critiques sur le risque de confusion entre les intérêts du parti au pouvoir et la conduite de la réforme.

2000, une expérience qui nourrit les réserves du RHDP

Pour justifier ses interrogations, le secrétaire exécutif remonte à l’année 2000. À cette époque, le FPI de Laurent Gbagbo et le RDR d’Alassane Ouattara avaient notamment porté des revendications en faveur d’un organe électoral indépendant, contribuant à l’évolution du système de gestion des élections et à la création de la Commission électorale indépendante (CEI).

Mais, selon Cissé Bacongo, les difficultés rencontrées par la suite démontrent que la mise en place d’un organe indépendant ne suffit pas nécessairement à garantir la confiance de tous les protagonistes. Les contestations ont persisté, visant alternativement l’organisation de la CEI, ses animateurs ou son fonctionnement.

Le responsable du RHDP en tire une interrogation : une nouvelle concertation politique permettrait-elle réellement de dépasser les blocages observés par le passé ? En rappelant cette expérience, il entend mettre en doute l’idée selon laquelle le dialogue constituerait, à lui seul, une garantie de crédibilité électorale.

Cet argument ne tranche toutefois pas la question de savoir si les mécanismes de concertation pourraient être améliorés ou si les conditions actuelles diffèrent de celles de 2000. Il traduit surtout la volonté du parti présidentiel de ne pas faire du dialogue politique un préalable obligatoire à la réforme.

L’Assemblée nationale, prochaine étape envisagée

La méthode défendue par le RHDP repose sur une séquence institutionnelle : recueil des propositions, arbitrage gouvernemental, élaboration d’un projet de loi et transmission à l’Assemblée nationale.

Dans cette configuration, le Parlement devient l’étape décisive pour l’examen du texte. Le parti présidentiel estime ainsi que les institutions existantes offrent un cadre approprié pour faire aboutir la réforme, sans qu’une négociation politique distincte soit nécessairement organisée en amont.

L’opposition défend une approche différente. Pour elle, un dialogue permettrait de confronter les propositions, de traiter les désaccords et de rechercher des garanties susceptibles de renforcer la confiance dans le futur organe électoral.

Le désaccord porte donc autant sur le processus de décision que sur la future institution elle-même. Le RHDP mise sur la procédure législative ; ses adversaires politiques accordent une importance particulière à la négociation préalable.

Une réforme jugée à l’aune de la confiance

Au-delà de cette divergence, un défi demeure : faire en sorte que le futur organe électoral soit non seulement conforme aux règles retenues, mais également perçu comme suffisamment impartial pour être accepté par les différentes forces politiques.

L’histoire de la CEI, telle que l’évoque Cissé Bacongo, rappelle que l’indépendance institutionnelle et la confiance politique ne se confondent pas automatiquement. La première peut être définie par des textes ; la seconde dépend aussi de la transparence des procédures, de la crédibilité des acteurs et de l’acceptation des décisions.

Le choix entre dialogue politique et voie institutionnelle ne règle donc pas, à lui seul, la question de fond. Il reste à déterminer si le processus engagé permettra de répondre aux préoccupations de l’opposition et de construire une confiance suffisamment large autour du système électoral.

En contestant l’opportunité d’un dialogue sans en rejeter formellement le principe, le RHDP défend une ligne de conduite précise. La suite des consultations et le contenu du futur projet de loi permettront de mesurer dans quelle mesure cette stratégie peut rapprocher les positions ou, au contraire, maintenir le désaccord sur les conditions de la réforme.

Lfl

 

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