La Côte d’Ivoire veut rétablir ses exportations de mangues fraîches vers l’Union européenne dès 2027. Pour y parvenir, le gouvernement annonce une refonte du dispositif phytosanitaire, des exclusions d’opérateurs et un investissement de 3,5 milliards de FCFA. Mais le rétablissement de la confiance européenne dépendra moins des engagements politiques que de la capacité du pays à démontrer, données à l’appui, l’efficacité de ses contrôles.
La suspension annoncée pour le 1er août 2026 constitue un revers pour une filière dont la Côte d’Ivoire avait fait un argument de son positionnement agricole international.
Lors de sa conférence de presse du 15 octobre, le ministre Bruno Nabagné Koné a reconnu la nécessité de revoir l’approche systémique appliquée à la lutte contre les mouches des fruits. Cette méthode repose sur une chaîne de précautions allant du verger à l’expédition, plutôt que sur un traitement unique après récolte.
Le cadre européen exige précisément des garanties phytosanitaires et une traçabilité appropriées. La synthèse du CBI rappelle que les autorités des pays exportateurs doivent pouvoir justifier les mesures appliquées et que les contrôles portent notamment sur les organismes nuisibles susceptibles d’être introduits sur le territoire européen.
La question n’est donc pas seulement diplomatique : elle concerne la fiabilité du système national de certification.
Une amélioration ponctuelle n’a pas suffi
Selon les chiffres présentés par le ministre, les interceptions sont passées de 32 en 2024 à 12 en 2025, avant de remonter à 27 en 2026.
Cette évolution souligne une faiblesse essentielle : une diminution ponctuelle des incidents ne prouve pas qu’un système de contrôle est durablement efficace.
Le gouvernement évoque la concentration des interceptions sur un nombre limité d’exportateurs et la part importante attribuée au fret aérien. Pour apprécier la portée de ce diagnostic, il faudrait disposer des données par opérateur, par station, par mode de transport et par type de non-conformité, ainsi que du nombre total de lots expédiés chaque année.
Sans ces dénominateurs, le nombre brut d’interceptions ne suffit pas à mesurer précisément le risque.
Une réforme institutionnelle à éprouver
L’extension, le 23 septembre 2026, des compétences de régulation du Conseil Coton-Anacarde à la filière mangue marque une évolution institutionnelle confirmée par le communiqué officiel du Conseil des ministres.
Cette réforme peut favoriser une meilleure coordination. Elle ne démontre cependant pas, à elle seule, que les moyens de surveillance seront suffisants, que les responsabilités seront clairement attribuées ou que les contrôles seront indépendants et réguliers.
L’enjeu sera de publier des indicateurs permettant d’évaluer les progrès et de rendre compte des défaillances éventuelles.
L’Europe attendra des résultats
Les 3,5 milliards de FCFA annoncés, les nouveaux pièges et la traçabilité des lots constituent des engagements importants. Leur crédibilité dépendra de leur exécution effective, de la qualité des inspections et de l’évaluation du dispositif révisé par les autorités européennes.
L’ambition d’une reprise en 2027 reste conditionnelle. La Côte d’Ivoire devra apporter des preuves, pas seulement des assurances.
Pour un pays qui cherche à renforcer la valeur ajoutée de ses exportations agricoles, la crise dépasse la seule mangue : elle pose la question de la capacité des institutions à transformer des investissements publics en garanties reconnues sur les marchés internationaux.
Lfl








