Droits du peuple sahraoui : Nouakchott rappelle sa fidélité à la justice internationale

👁️ 3,670 vues

La visite de Brahim Ghali à Nouakchott survient dans un moment de forts repositionnements diplomatiques au Maghreb et au Sahel. En accueillant le dirigeant du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Mohamed Ould Ghazouani réaffirme une tradition diplomatique profondément ancrée dans l’histoire politique mauritanienne.

Cette rencontre officielle renvoie aux liens anciens entre la Mauritanie et la cause sahraouie, alors même que le dossier du Sahara occidental vient d’être relancé par une nouvelle résolution de l’ONU. L’accueil réservé au leader sahraoui s’inscrit dans une continuité historique remontant à la fin des années 1970, lorsque Nouakchott, après s’être retiré du conflit, avait reconnu la RASD. Cette décision avait marqué une prise de distance durable vis-à-vis des revendications territoriales qui divisaient alors la région.

La position mauritanienne s’appuie autant sur des choix politiques que sur des réalités sociales. Les liens hassaniya, la parenté tribale et une histoire nomade commune forment depuis longtemps un socle d’interdépendance entre populations mauritaniennes et sahraouies. L’accueil de réfugiés sahraouis durant plusieurs décennies a également donné à cette relation une dimension humaine essentielle. En reconnaissant la RASD en 1979, dans le prolongement de l’accord d’Alger, la Mauritanie avait fait le choix d’une ligne stable : se tenir à distance des tensions régionales tout en préservant un équilibre géopolitique délicat.
Et malgré les ouvertures diplomatiques répétées du Maroc ces dernières années — accompagnées d’investissements stratégiques dans divers secteurs — Nouakchott n’a jamais remis en question sa reconnaissance de la RASD, considérée comme un élément central de sa doctrine de stabilité régionale.

En recevant Brahim Ghali, Mohamed Ould Ghazouani rappelle les deux piliers de la diplomatie mauritanienne : le respect du droit international et une neutralité active dans les dossiers sensibles. Cette posture permet au pays de conserver une crédibilité rare dans la région, et parfois d’être sollicité comme médiateur. Pour Nouakchott, le Front Polisario demeure l’interlocuteur sahraoui reconnu par les mécanismes internationaux chargés du processus de décolonisation. La visite de Ghali a également mis en lumière la situation humanitaire dans les camps de réfugiés de Tindouf, où des dizaines de milliers de Sahraouis vivent depuis près d’un demi-siècle dans l’attente de pouvoir exercer leurs droits politiques.

Alors même que l’activité diplomatique autour du Sahara occidental s’intensifie, la voix d’Elghalia Djimi a retenti à Genève, au Conseil des droits de l’homme, le 11 septembre 2025. Par son témoignage — celui d’une survivante de disparition forcée — elle a rappelé la dimension profondément humaine du conflit. Elle a insisté sur le fait que l’autodétermination du peuple sahraoui n’est pas une option politique, mais un principe juridique consacré par les résolutions internationales. Son intervention intervient à l’approche du cinquantième anniversaire de l’invasion marocaine de 1975, une date hautement symbolique pour les Sahraouis.

Elghalia Djimi s’appuie sur un corpus juridique solide. Depuis l’avis consultatif de la Cour internationale de justice en 1975, le droit à l’autodétermination sahraouie est considéré comme intangible. La Cour de justice de l’Union européenne a plusieurs fois rappelé que le Sahara occidental ne peut être intégré aux accords commerciaux entre Rabat et l’Union européenne sans le consentement du peuple sahraoui. Les avocats du Front Polisario devant les juridictions européennes, dont Manuel Devers, soulignent que ces décisions confirment le statut séparé du territoire et l’absence de souveraineté marocaine légalement reconnue.

Le récit personnel d’Elghalia Djimi renforce la dimension humaine de ce combat. Née en 1961, victime à plusieurs reprises de disparitions forcées et de mauvais traitements, elle documente depuis la fin des années 1990 les violations commises dans les zones sous contrôle marocain, dans la perspective d’un futur processus de justice transitionnelle. Elle a dénoncé une nouvelle fois le refus du Maroc d’autoriser l’accès du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, une stratégie visant à limiter la surveillance internationale.

En août 2025, le Front Polisario a présenté au Conseil de sécurité un mémorandum en huit points exposant les bases juridiques et politiques du conflit. Il rappelle notamment que le Sahara occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes et que le blocage du référendum prévu en 1991 reste au cœur du différend.

À Alger, la diplomatie suit de près les développements liés à la résolution 2797 récemment adoptée. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, affirme que l’Algérie soutiendra toute initiative de médiation conforme au cadre onusien. Il précise que la résolution ne consacre aucune priorité au plan d’autonomie marocain, contrairement à la lecture faite par Rabat, et rappelle que le mandat de la MINURSO reste lié à l’organisation d’un référendum — position inscrite dans sa dénomination même

Lfl

  • Related Posts

    Abidjan : la justice ordonne la libération de six militants du PDCI-RDA détenus depuis octobre 2025

    👁️ 6,896 vues  La chambre antiterroriste du tribunal d’Abidjan a ordonné, le lundi 20 juillet 2026, la remise en liberté de six militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA)…

    L’Ambassade de Côte d’Ivoire en France condamne les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et envisage des actions en justice

    👁️ 6,199 vues  L’Ambassade de Côte d’Ivoire près la République française et la Principauté de Monaco a vivement réagi aux propos tenus par Jean-Luc Mélenchon sur la situation politique ivoirienne.…

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    You Missed

    Football : la CAF donne son feu vert à la candidature du Burkina Faso, du Mali et du Niger pour la CAN 2032

    • By Dina
    • juillet 21, 2026
    • 3 views
    Football : la CAF donne son feu vert à la candidature du Burkina Faso, du Mali et du Niger pour la CAN 2032

    Monnaie unique ECO : la CEDEAO opte pour un lancement progressif à partir de 2027

    • By Dina
    • juillet 21, 2026
    • 4 views
    Monnaie unique ECO : la CEDEAO opte pour un lancement progressif à partir de 2027

    Abidjan : la justice ordonne la libération de six militants du PDCI-RDA détenus depuis octobre 2025

    • By Dina
    • juillet 21, 2026
    • 6 views
    Abidjan : la justice ordonne la libération de six militants du PDCI-RDA détenus depuis octobre 2025

    Côte d’Ivoire : le MAPA ouvre son siège à Cocody pour faire rayonner la pharmacopée africaine

    • By Dina
    • juillet 21, 2026
    • 8 views
    Côte d’Ivoire : le MAPA ouvre son siège à Cocody pour faire rayonner la pharmacopée africaine

    Côte d’Ivoire: Bouna : le tribunal de première instance de Bonoua ouvre sa toute première session criminelle

    • By Dina
    • juillet 21, 2026
    • 8 views
    Côte d’Ivoire: Bouna : le tribunal de première instance de Bonoua ouvre sa toute première session criminelle

    Bocanda : « Bocanda en couleurs » revient avec une deuxième édition placée sous le signe de la solidarité

    • By Dina
    • juillet 20, 2026
    • 7 views
    Bocanda : « Bocanda en couleurs » revient avec une deuxième édition placée sous le signe de la solidarité