L’enquête judiciaire sur les démolitions intervenues le 3 juin 2026 au quartier Campement, à Koumassi, franchit une nouvelle étape. Le parquet a engagé la procédure permettant une éventuelle levée des protections attachées au mandat d’un député cité dans le dossier.
Le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar, a annoncé mercredi 16 septembre que le parquet avait été saisi en vue d’éventuelles poursuites contre le député de Gouméré-Tabagne.
Selon le magistrat, la doyenne des juges d’instruction a adressé une requête au procureur général près la Cour d’appel d’Abidjan afin que le Bureau de l’Assemblée nationale soit saisi. La démarche vise à respecter la procédure applicable lorsqu’un parlementaire est susceptible de faire l’objet de poursuites.
Le rôle du député au cœur des investigations
Le parquet indique que les investigations citent le député comme ayant joué, selon les éléments recueillis, un rôle déterminant dans la préparation et la mise en œuvre de l’opération de démolition. Il aurait notamment assuré la coordination ainsi que le financement principal de l’opération.
Plusieurs personnes ont déjà été entendues, notamment le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le maire de Koumassi ainsi que des responsables administratifs et techniques.
Le procureur a également fait état du témoignage d’un administrateur des services financiers qui affirme avoir accordé en 2024 un prêt de sept millions de francs CFA au député. Selon cette déclaration rapportée par le parquet, cet argent devait être mis à la disposition d’Alloui Brou Jacques pour procéder au déguerpissement des occupants de la parcelle revendiquée.
D’autres éléments portent sur des contacts entre le parlementaire et la famille d’Alloui Brou Jacques. Le fils aîné de ce dernier aurait notamment déclaré que le député demandait à son père de publier une vidéo assumant les démolitions.
Une décision de justice au centre du dossier
Le 3 juin, plusieurs constructions avaient été démolies au quartier Campement. Alloui Brou Jacques avait revendiqué l’opération dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, en invoquant une décision judiciaire.
Mais, selon les vérifications du parquet, cette décision n’autorisait pas la démolition des constructions concernées. Elle portait uniquement sur le déguerpissement de cinq habitations.
Alloui Brou Jacques, interpellé le 18 juin, aurait reconnu lors de son interrogatoire être l’auteur des démolitions, selon le procureur. Une information judiciaire avec mandat de dépôt a ensuite été ouverte à son encontre le 29 juin.
Le site concerné couvre environ six hectares, 88 ares et 38 centiares, avec 250 lots répartis sur sept îlots. Il demeure placé sous-main de justice.
Avec la saisine annoncée de l’Assemblée nationale, le dossier entre désormais dans une phase institutionnelle sensible. L’instruction devra déterminer les responsabilités individuelles et établir précisément la chaîne de décision ayant conduit aux démolitions.
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