Le différend entre Abidjan et Paris autour de la desserte aérienne Abidjan-Paris dépasse la question des créneaux de vol. Pour Ahoua Don-Mello, vice-président de l’Alliance des BRICS, le refus de partage de codes avec Air Côte d’Ivoire révèle les limites d’une coopération où les compagnies africaines restent en position de dépendance commerciale face aux transporteurs européens.
La bataille du ciel entre la Côte d’Ivoire et la France connaît un nouveau terrain de confrontation : le partage de codes. Après les tensions autour de l’attribution des fréquences sur la ligne Abidjan-Paris, le débat se déplace vers les conditions d’accès aux réseaux commerciaux internationaux.
Dans une analyse consacrée à ce dossier, Ahoua Don-Mello estime que l’absence d’accord de code-sharing avec Air France fragilise les ambitions d’Air Côte d’Ivoire. Selon les chiffres qu’il avance, le taux de remplissage de la compagnie ivoirienne sur cette liaison avoisinerait 40 %, contre plus de 80 % pour Air France.
Le partage de codes, un enjeu de compétitivité
Le code-sharing permet à une compagnie de commercialiser des sièges sur des vols opérés par une autre. Il facilite les correspondances et élargit les possibilités de vente au-delà du réseau propre de chaque transporteur.
Pour Don-Mello, l’absence de cette coopération limite la capacité d’Air Côte d’Ivoire à capter les voyageurs internationaux en transit. Il y voit un mécanisme qui entretient l’avantage commercial des compagnies déjà installées sur les grandes routes aériennes.
L’opposant ivoirien inscrit ce déséquilibre dans une problématique plus large : la place des transporteurs africains dans un marché continental où, selon les données sectorielles qu’il mobilise, environ 80 % du trafic serait assuré par des compagnies étrangères.
Des chiffres qui interrogent le modèle économique
Don-Mello avance également qu’en 2024, la ligne Abidjan-Paris aurait rapporté à Air France 73 milliards de FCFA de chiffre d’affaires pour 62 milliards de bénéfice. Il évoque ainsi une marge nette de 84,93 %, ainsi qu’un tarif moyen quatre fois supérieur à la moyenne du marché.
Ces données, qui appellent une clarification de leur méthode de calcul et de leur périmètre, nourrissent sa critique d’une rentabilité qu’il juge exceptionnelle.
La souveraineté au-delà des fréquences
L’enjeu est désormais de savoir comment Air Côte d’Ivoire peut consolider sa présence sur le long-courrier sans dépendre exclusivement de la coopération de son concurrent.
Pour Don-Mello, la réponse passe par une réciprocité plus affirmée, des alliances africaines et une représentation plus équilibrée du continent dans les mécanismes internationaux de régulation aérienne.
Le différend Abidjan-Paris pose ainsi une question centrale : comment transformer la croissance annoncée du transport aérien africain en capacités commerciales et financières réellement maîtrisées par les compagnies du continent ?
Lfl







